Voyage en Italie

Voyage en Italie

Lasse d’avoir tant marché dans les rues de Florence, Isabelle s’était assise sous les arcades dont les bases plongeaient dans l’eau d’un bassin peu profond. Elle avait commandé un café-crème plutôt qu’un expresso parce qu’elle avait si mal dormi la nuit précédente qu’elle n’avait pu s’empêcher de sangloter en ressassant l’échec de sa vie dont elle avait tenté d’apaiser les regrets en revenant sur les lieux de leur voyage de noces cinq ans auparavant… C’était une folie dont sa famille avait tenté de la dissuader, mais elle avait tenu bon. Trop blessée cependant pour se sentir capable de conduire sa Peugeot sur une aussi longue distance, elle avait privilégié l’avion et pu voir Florence depuis le ciel. Son cœur s’était serré en voyant

le dôme célèbre de la cathédrale, celui-là même qu’ils pouvaient entr’apercevoir depuis la chambre qu’ils occupaient à hôtel Boticelli.

La semaine précédente, elle s’était soudain décidée sur un coup de tête et avait retenu dans cet hôtel par Internet, mais n’avait pu obtenir la même chambre.

Architecte, Philippe avait longuement expliqué à Isabelle les difficultés auxquelles s’était heurté le concepteur du dôme, et dont la réalisation avait constitué un exploit insensé. Elle avait fait semblant d’avoir compris, bien plus fascinée par le visage de son  mari que par la coupole et ses mystères.

Avec quelle émotion elle avait revu la rue étroite aux pavés inégaux où se nichait l’hôtel ! De sa chambre, elle ne pouvait voir le dôme de la cathédrale, mais seulement le globe doré surmonté d’une croix qui coiffait la coupole. Accoudée à la fenêtre elle avait tenté de comprendre les raisons du désamour de Philippe.

Comment en étaient-ils arrivés à ce point de rupture ? Sans doute, l’avait- elle aimé plus qu’elle n’avait été aimée de lui, à présent, elle s’en rendait compte avec amertume.

Isabelle remit à plus tard son introspection et se décida à aller remettre ses pas dans   ceux de ce jeune couple follement amoureux qu’ils étaient alors.

§

Deux jours s’étaient écoulés depuis son arrivée, et elle se sentait revivre. D’avoir tant marché l’avait mise sur les rotules, mais elle était flattée lorsque des regards masculins s’attardaient sur elle, et même quand on la sifflait au passage. Ces messages étaient clairs : elle était toujours séduisante et l’avenir lui sembla soudain s’éclaircir… Elle n’allait tout de même pas s’enterrer parce qu’elle avait été larguée par un homme qui avait été chercher ailleurs.

Sa décision était prise lorsqu’elle reposa sa tasse de café sur la table : elle allait faire son deuil de sa vie avec Philippe et accepter l’invitation muette que le regard de Bertrand lui lançait…