oak alley

A La Vacherie ( !) est édifiée Oak Alley, la plus célèbre plantation de Louisiane, dont l’allée qui y conduit est bordée de magnifiques chênes pluri-centenaires plantés bien avant la construction du manoir. Pour y être déjà venue, je sais que l’allée de l’autre côté de la maison, celle qui mène au Mississippi est encore plus impressionnante. Les longues branches se rejoignent en une somptueuse voûte

image_0191végétale. Une digue haute de plusieurs mètres la sépare maintenant du Mississippi, la protégeant ainsi des caprices du fleuve : les inondations. Il était nécessaire de situer les plantations en bordure des cours d’eau afin de pouvoir facilement transporter les récoltes qui ne pouvaient l’être par voie de terre, faute de routes.

 En ce dimanche après-midi, une foule internationale se presse et l’attente est longue : on n’entre que par groupes de douze à quinze. Un buste de Napoléon 1er sur une console du salon est surmonté d’une eau-forte d’après le tableau de David du sacre du couple impérial. Ce détail m’avait échappé l'autre fois. Je cherche en vain le détail dont j’avais gardé le souvenir : les somptueux rideaux de velours vert qui avaient inspiré Victor Fleming le réalisateur de Gone With The Wind (Autant en Emporte Le Vent) pour le salon d’Helen O’Hara, la mère de Scarlett. C’est en visitant la maison que je réalise mon erreur : ce n’est pais ici, mais à Nottoway Plantation House qu’ils sont accrochés. La guide de l’époqueimage_0223 nous avait expliqué que les tableaux représentant les filles à marier du planteur étaient codés et il suffisait aux prétendants de savoir lire le message pour connaître les « espérances » de la demoiselle : à l’arrière-fond, s’il y avait de la canne à sucre, du coton, des esclaves, cela représentait 20 à 25.000 $ de dot, et les gants blancs révélaient en outre le nombre d’esclaves compris dans le lot. On savait vivre en ces temps-là, où nul ne pensait à la fraude fiscale. Les supports du ciel de lit de la chambre des dames et des jeunes demoiselles pouvaient se dévisser et révéler une cavité où elles pouvaient dissimuler leurs bijoux.

 Des figurantes en robe d’époque coloniale animent la maison de leur présence passive mais, au moins l’uneimage_0213d’elles a élégance discutable en portant d’épaisses lunettes contemporaines.

Ce que j’ai retenu d’Oak Alley ? Outre la grosse cloche qui marquait le rythme des journées de travail dans les champs, c’est que pendant que les serviteurs portaient jusqu’à la salle à manger la nourriture préparée aux cuisines extérieures, ils devaient siffler afin de ne pouvoir goûter aux plats qu’ils allaient servir au maître et ses invités… Peut-être se contentaient-ils de cracher discrètement dedans ?

Nous allons aborder La Nouvelle Orléans par l’Ouest, ce qui nous empêchera d’emprunter le pont qui enjambe le lac Pontchartrain (38,5 km tout de même !) Mais nous traverserons le Mississippi (il est partout celui-là !) à Destrehan que nous verrons de haut, et enfin, nos yeux se poseront sur ce qui fut la perle de la Louisiane, la Nouvelle Orléans, ainsi nommée en l’honneur du duc Philippe d’Orléans, régent du royaume de France durant la minorité de Louis XV.

image_0253Même si nous ne l’avons pas traversé, le lac étale pour nous son immensité bleue, puisque l’illusion est telle que nous pourrions nous croire au bord de l’océan. Tout y est, voiliers, lighthouse (phare), sable où flânent les familles. David prend le chemin des écoliers pour nous amener downtown par des avenues où les mimage_0291aisons coloniales se succèdent avec élégance. Halloween se prépare et beaucoup de façades sont décorées de squelettes, toiles d’araignées, fantômes et autres revenants qui semblent faire le régal des passants curieux qui s’attardent.

Après l’installation à l’hôtel où nous resterons les deux dernières nuits du séjour, nous allons dîner au Crescent City Brewhouse, qui est une brasserie comme son nom le laisse penser. Le plat du jour

image_0297donne le choix : blanc de poulet désossé à la sauce champignon-cerise, ou catfish (poisson-chat) à la sauce beurre-citron qui aura ma préférence. Même si près de la mer, c’est le catfish qui est au menu : il faut se rappeler que d’énormes élevages de poisson-chat parsèment les USA. Cartilagineux, donc sans arêtes, il a la particularité de n’avoir pas de goût ou si peu, que la sauce qui l’accompagne en fait tout l’intérêt gustatif. Les Ricains l’adorent. Il faut bien jouer le jeu et tester au moins l’une des nombreuses bières maison qui sont proposées.

Au mur, des toiles (des croûtes ?) dont l’une représente l’allée des chênes d’Oak Alley dont je ne voudrais à aucun prix même si on insistait pour me l’offrir avec une prime en $, et quelques autres (aussi laides) des maisons coloniales du Vieux Carré. 

A ceux qui veulent rester déguster le sirop des rues du Vieux Carré Français, pas de problème, ils sont sur place. Aux autres qui préfèrent rentrer à l’hôtel, Francette affirme que David attend à trois blocs du restaurant. Je serais volontiers restée flâner dans ces rues à l’ambiance si particulière par cette nuit tiède ! mais la douleur de mon dos s’est réveillée après quelques heures de répit et, lamentablement, je me traîne comme la mémère que je suis… Un bloc, deux… trois… et il faut avancer encore et encore… quatre… cinq blocs… J’ai renoncé à les compter et je suis au bord de la syncope : j’aurais du prendre la codéine dont j’ai cru pouvoir me passer. Jacques et Christine arrivent après moi, mais lui est furieux et il laisse éclater sa rancœur  devant Francette qui semble n’en avoir rien à cirercomme disait notre première Premier Ministre.

Nous convenons ensemble que demain, nous visiterons la ville à quatre, puisque Jacqueline a décidé aussi de se joindre à nous. Nous prendrons taxi ou calèche, et pourquoi pas les deux ?

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