Vou m'accordez bien un jour de répit dans notre voyage au fil du Mississippi ?

Il y a quelques semaines, j'ai visité le blog de Lavékio  lakevio.canalblog.com et j'ai été séduite par son idée : le vendredi ou le samedi, elle publie une toile d'un peintre connu ou inconnu etlaisse chacun "broder" sur la scène représentée, et ce qui est surprenant, c'est de voir jusqu'où nous mène la fée du logis

Cette semaine, il faut imaginer ce que fait ou a fait et ce que pense cette jeune femme face à un miroir 

sally strand looking back

Martha s’est assise devant la coiffeuse où sa jeune sœur Rosemary a abandonné la robe et les bijoux qu’elle portait au retour du bal de promotion de Teddy, son boy-friend, avant de s’écrouler épuisée sur son lit où maintenant, elle dort profondément… 

Songeuse, Martha s’est regardée dans le miroir qui lui renvoie un reflet sans indulgence, l’image de ce qu’elle est devenue : une vieille fille dont le pli amer de la bouche dénonce la faillite de sa vie. Elle a été jolie autrefois… et rieuse… avant cette guerre en France qui lui a pris l’homme qu’elle aurait dû épouser. Elle rêve à ce qu’elle a manqué et se prend à imaginer ce qu’elle serait devenue si…

Mais Matthew a laissé ses os sur un champ de bataille où tant d’autres sont aussi restés ! Machinalement, elle a enfilé le haut de la robe verte sur son pantalon de pyjama à raies bleues, après avoir dénudé sa poitrine, a mis à ses poignets les bracelets abandonnés et suspendu à son cou le long collier d’ambre que Granny a prêté à Rosemary. Sa peau de rousse accroche bien la lumière, ses cheveux d’acajou retenus en chignon lui encadrent un visage tout compte fait pas si fané… La main de Martha a machinalement saisi les roses de soie rouge sombre que Rosemary avait en riant placées dans sa chevelure blonde. Et si Martha osait ? Elle ose et accroche les fleurs soyeuses près de son oreille. Sa chevelure aux boucles serrées l’encombre soudain : dès demain, elle va elle aussi sacrifier à la mode dite de « la garçonne » et se libérer des contraintes que la bonne société lui impose. On la considère comme une veuve de guerre alors qu’elle n’était que fiancée, et Matthew son bel amour ne reviendra jamais plus ; pourquoi devrait-elle vivre comme une recluse ?

Elle a souri et son regard s’est fixé sur l’image nouvelle qu’elle découvre en face d’elle dans le miroir. Peut-être est­-il temps de cesser de porter le deuil et enfin, de recommencer à vivre…  Rosemary, joyeuse et primesautière, c’est sûr, va l’aider à retrouver la sérénité, puis, avec un peu de chance lui donnera l’envie d’envisager à nouveau une vie à deux.