Branle-bas de combat à 4.10 h et rendez-vous dans le hall à 5.00 h pour le départ en navette payante = 6 € par personne. C’est une première pour moi qui ai toujours bénéficié de la gratuité des navettes d’hôtel d’aéroport. Le jeune homme en dreadlocks qui sera notre chauffeur viendrait bien descendre le Mississippi en notre compagnie, mais une prochaine fois, c’est promis-juré… Croix de feu… croix de fer : si tu mens, tu vas en enfer !

On n’a perdu personne jusqu’au comptoir d’enregistrement D de British Airways, J-Marc & J-Charles ont alternativement pris mon sac en charge. Le monde n’est pas si pourri puisqu’il reste encore des gentlemen ici-bas.

Qui a compris le premier (la première ?) que l’on pouvait enregistrer avant que n’arrive la foule ? Tout est OK ; chacun a son « Esta » en conformité avec les autorités et nous récupérerons nos bagages à Chicago. Nous sommes très en avance et Paulette Rodgers n’est pas encore arrivée. Franco-Américaine, elle vit à Marseille et sera la leader du groupe durant notre voyage.

Mon dos qui hier s’était fait oublier, n’a pas aimé les sacs de voyage et se réveille en protestant…  la codéine n’est pas la panacée, mais c’est mieux que rien !

Petit à petit les participants à cette équipée se groupent tandis que Paulette qui a salué tout le monde avec le sourire, s’empresse de vérifier « si le compte y est ».

Pour me faciliter la vie, j’ai fait demander une assistance mais je vais devoir attendre sur place tandis que le groupe s’est éloigné pour gagner la salle d’embarquement. J’ai vu avec satisfaction que mes sièges seront à côté du hublot : 20F et  48K… j’aime avoir le nez à la fenêtre.

Anne, la responsable d’America for Ever tient à rester avec moi, alors que je me plongerais avec délices dans la grille de Michel Laclos 20 x 20 qui va mettre mes neurones à l’épreuve… je l’ai senti dès les premières définitions. Nous sommes de vieux amis, et je sais comment il fonctionne… mais là, vraiment… il a fait fort !

Anne a le projet de rejoindre au Pérou sa fille qui fait le tout du monde. Ses yeux rêvent tandis qu’elle parle et visiblement, elle y est déjà ! J’ai fait ce voyage en 2000 avec les copains dans des conditions extravagantes, dormant sous des canadiennes dans des lieux insolites après avoir parcouru en 4x4 des pistes défoncées où nul car de tourisme ne peut passer, mais au bout desquelles des paysages fabuleux semblaient vouloir se réserver à notre seule contemplation. J’ai ajouté que j’étais dispensée de vaisselle puisque j’étais la préposée au carnet de voyage et que je devais remettre chaque jour ma « rédac » à Alice qui jouait à la maîtresse insatisfaite. Le mot « carnet de voyage » a fait tiquer mon interlocutrice qui me glisse qu’elle aimerait tant le lire pour s’imprégner à l’avance ! 

Elle me donne son e-mail : j'aurai ainsi l’occasion de me plonger à nouveau Sur les pistes du condor. Avant qu’on ne se quitte, elle me confie un stylo-bille-lampe qu’elle me charge à notre arrivée d’offrir de sa part à Francette « une fille formidable » passionnée de généalogie, qui sera notre guide.

C’est un colosse qui approche avec le sourire… et un fauteuil roulant : il s’appelle Ali et est plein d’attentions, tient absolument à renouer les chaussures que j’ai dû quitter au contrôle et qui ont été examinées jusqu’au dessous des semelles ! Si la palpation d’hier à Nantes a été pointilleuse, celle-ci n’a rien à lui envier mais la jeune femme aux nattes acajou a la blague facile à laquelle je me prends au jeu et nous voilà plaisantant sur un ton badin pendant que ses mains explorent mes rondeurs avec des gestes techniques et précis. Je n’ai pas de bombe sur moi, elle en est sûre…

Ali a bavardé avec moi un long moment puisqu’il ne me conduira à l’avion que lorsque tout le monde y sera installé.

Le hublot me permettra tout juste de voir quelques toits des maisons autour de l’aéroport qui seront vite noyés dans une mer de nuages au-dessus de laquelle brille le soleil. La carte que j’ai programmée permet de suivre sur l’écran le parcours de l’appareil en vol, mais même la Manche nous restera cachée.

Pleuvra-t-il enfin sur mon jardin fraîchement engazonné ?

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Londres dans le brouillard, c’est aussi banal que la pluie en Bretagne ou le soleil à St Trop’ : la ville de la Queen ne déroge pas à sa réputation. Un fauteuil m’attend et c’est un Indien (toutefois sans turban celui-là) mais à l’épaisse chevelure noire qui veut mon boarding pass. Je l’ai rangé, pensant n’en avoir plus besoin, mais il insiste, et je fouille en vain poches et sac, avant de le brandir triomphalement sorti de la « banane » ! Mais celui qu’il veut, c’est celui du prochain vol… et celui-là, il est dans mon passeport. Voilà mon Indien rassuré, il sait où me conduire !  

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Que dire de la nouvelle palpation à laquelle je dois me soumettre ? Les précédentes n’étaient que de la broutille comparées à celle-ci ! Les gants inquisiteurs se sont insérés sur mes fesses, à l’intérieur du slip… et s’assurent que mon soutien-gorge ne contient rien d’autre que ce que ma mère m’a donné comme « avantages en nature ». La fonctionnaire semble me laisser passer à regret. Aurais-je une tête à commencer à 83 ans une carrière de terroriste ? L’Indien me laisse à un bureau qui vise mon passeport et d’où on m’emmènera en voiture électrique avec deux autres femmes (une Indienne en sari et une somptueuse Africaine en boubou). Nous avons parcouru des tunnels au niveau - 4 d’Heathrow et fait un long parcours avant qu’on ne me laisse à proximité de la porte où nous embarquerons. J’ai tout le temps qu’il faut pour observer la diversité du petit personnel : une majorité d’Indiens, certains en turbans, des Noirs, mais aussi des Levantins, qui exécutent les tâches les moins valorisantes. Il y a ceux (celles) qui font les poussières, ceux (celles) qui gèrent les lieux où sont assis les « assistés », ceux enfin qui poussent les fauteuils des invalides.