5 mai  2014

Ainsi qu’à chaque fois que je dois partir tôt en voyage, L’angoisse de ne pas me réveiller m’empêche de dormir ! J’ai pourtant prévu deux réveils et  demandé à mon fils Pierre de me téléphoner à temps… N’y tenant plus, j’appelle Hélène et Bernard qui, avec le Gros JeF, viennent d’arriver en Martinique où ils m’attendront demain. Quand il sera minuit pour eux, ce sera l’heure de me lever

6 mai

Bien sûr, les réveils ont sonné, les deux téléphones aussi, et j’étais déjà opérationnelle. Il avait fallu penser à cueillir au jardin les quelques brins de muguet  encore assez frais pour faire le voyage, arrêter la chaudière, tirer du congélateur les coquilles St Jacques et du réfrigérateur le bocal de foie gras et la bouteille de Sauternes 1999 oubliée à la cave depuis 15 ans. Le sac bouclé, il me reste à attendre Lucien qui me conduira à la gare. Non seulement je suis dans les temps, mais j’ai une confortable avance.

A Massy tout se complique : pour gagner du temps, j’opte pour le taxi au lieu de la navette dont la station d’arrêt a été déplacée. Mon billet SNCF m’a coûté 20 € : avec la différence, je pourrais m’offrir une limousine ! Pour une fois, je voyage avec Air-France, et si vous voulez relire « Les tribulations d’une mémé en galère » à  Noël 2012, vous comprendrez pourquoi.

J’avais enregistré mon voyage en ligne, choisi un autre siège que celui proposé, et imprimé mes étiquettes à l’avance. Les formalités ont ainsi été réduites à minima. Le contrôle de police m’oblige à sortir du sac mon ordinateur et à me déchausser, puis à prendre la posture du crucifié après avoir fait tinter le portillon de sécurité… ce qui m’a fait oublier dans un bac mon passeport tout neuf et mon boarding pass !

Longue attente avant l’embarquement où je suis appelée la première, ayant fait le choix de l’un des deux fauteuils (hublot) du 58e et dernier rang. J’ai dû m’endormir moins de vingt minutes mais je me sens bien et peux me relaxer les yeux fermés et faire le vide dans mon esprit…

Le film Quai d’Orsay, satire grinçante de Bertrand Tavernier, caricature avec brio les travers d’un Ministre des Affaires Etrangères  qui brasse du vent et saoule ses collaborateurs qui font le vrai boulot de diplomatie à sa place. Un bon moment de cinéma…

Huit heures vingt de vol et Axel est à l’arrivée à Pointe à Pitre. Il me faut maintenant un passage pour Fort de France. L’étape a été récemment décidée, c’est la raison pour laquelle j’étais dans l’avion de Pointe à Pitre : les tickets de dernière minute font mal au portefeuille : 171 € !

On annonce aux passagers 30° à terre. Normal, nous sommes au-dessous du Tropique du Cancer. Hormis deux fois où je ne suis pas sortie de l’aéroport, c’est ma première visite à la Martinique ; mon gros sac, entré le dernier dans la soute, en sort parmi les premiers et dès la barrière de douane passée, l’éclat de deux sourires est le plus beau comité d’accueil que je pouvais souhaiter. Des fleurs « pays » alpinias et anthuriums passent des mains d’Hélène dans les miennes, tandis que Bernard se charge de mes sacs. Ils ont loué une voiture pour venir de la marina des Trois Ilets, et qui nous permettra de belles balades dans cette île de Martinique où j’ai tout à découvrir. Pour l’achat de citrons verts, arrêt au bord de la route où quelques stands permettent aux paysannes de vendre leur production de fruits et légumes.      

Gros JeF est amarré la poupe à quai, et je m’imagine monter à bord sans aucune difficulté ; mais mise au pied du mur (si j’ose dire), je panique en calculant l’importance du pas qu’il va me falloir faire… Je sais que je DOIS  faire ce pas… oui mais comment ? En fait, une fois parti, mon pied a trouvé aussitôt où se poser, et comme Neil Armstrong, je déclare doctement que « c’est un petit pas pour l’homme… »

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Diner sur le pont, juste devant les promeneurs de la marina, qui regardent plus les bateaux pour les comparer que leurs occupants. Cependant, un couple s’est arrêté qui visiblement, a des choses à dire ; ils se présentent, et finissent par monter à bord. Lulu et Jean-tiret-André sont un couple atypique qui, sur son Djinn en alu, sillonne les mers au gré des caprices de la mer et des conditions météorologiques. Retraités de l’Enseignement, elle ancien prof d’anglais, lui prof de maths d’Université, ils racontent avoir pris une année sabbatique pour savoir si leur rêve de navigation était possible. Ils ont fini par sauter le pas  et, à 83 et 79 ans, Lulu et Jean-tiret-André continuent de vivre leur rêve de jeunesse. Curieusement, lorsqu’il parle de navigation, c’est uniquement à Bernard qu’il s’adresse, comme si Hélène n’avait sur le bateau qu’un rôle secondaire ! Ah ! Où le syndrome des galons d’amiral va-t-il se nicher ? 

Il est minuit passé, il y a plus de vingt quatre heures que je suis debout mais je n’ai pas sommeil. Nous sommes invités à passer demain soir sur leur Djinn, qui est un peu plus loin dans la marina.