Vendredi 4 mars 2011

Certificat Crossing EquatorDSCN244915.307,4 knots parcourus =28.250 kmdepuis le départ. Le certificat attestant que j'ai franchi l'Equateur m'a été remis ce matin.

A La Poza, le port de Manta qui est la capitale du thon (c'est le slogan de la ville), nous sommes à 00.55.90S et 080.43.27 W, il faudra attendre 00.00.00 pour être à l’Equateur géographique. Le bateau secouru avant-hier était immatriculé ici, où les quatre puissants moteurs du Prinsendam l’y ont conduits en 37 h30… Pas étonnant qu’à ce petit bateau il fallait cinq jours de mer (sans eau douce !)

DSCN2456DSCN2464Le ciel est couvert, des collines se dessinent à l’horizon. Je suis seule dans la piscine où je me suis laissé tomber. Pas de doute, c’est bien de l’eau de mer dont elle est remplie, je l’ai goûtée sans l’avoir voulu ! La chaleur est tout à fait supportable, même si le teck du pont  ne permet pas de s’y promener longtemps les pieds nus.

Manta est le port thonier pour l’Equateur, et toute l’activité DSCN2473DSCN2475tourne autour du poisson, que la ville exporte jusqu’au Japon. Les dauphins, qui se nourrissent de thons, ne sont pas les protégés des pêcheurs, et je comprends mieux la scène de jumping à laquelle nous avons assisté hier : les thons cherchaient à rester en vie, et les dauphins eux, avaient trouvé un restaurant ! Des bateaux en bois sont en cours de construction en bordure de mer.

Joyce est revenue en-chan-tée de sa visite de la ville, mais j’ai DSCN2477DSCN2488choisi de voir comment sont fabriqués les fameux panamas, ces chapeaux qui sont faits ici en Equateur, plus précisément à Montechristi, une petite ville dont c’est la spécialité depuis toujours. Lors de l’inauguration du canal de Panama en 1914, le président Théodore Roosevelt en reçut un en cadeau, et il aurait dit qu’il se souviendrait du chapeau de Panama. Le nom lui est resté…

DSCN2503DSCN2515Nous sommes attendus, et des chapeaux sont disposés sur notre parcours de chaque côté du chemin, jusqu’au centre du village où une dizaine d’adultes et autant d’enfants vivent. Hector le guide, va nous montrer une à une toutes les étapes (douze) de la confection du chapeau. Il faut en tout premier lieu une feuille de palmier qui sera ouverte, et dont seules les fibres du cœur seront utilisées : incisées à l’aide d’une grosse arête de poisson, elles seront de plus en plus fines et seront alors bouillies, puis séchées. DSCN2530DSCN2538Pour avoir un chapeau blanc, on soumet les fibres à des vapeurs de soufre (mais certains trichent et utilisent du chlore). Commence alors la confection du premier plateau, et les enfants sont initiés très tôt à l’apprentissage du fond. Des formes en bois vont servir de moule et les tisseurs/tisseuses travaillent debout, le buste appuyé sur la forme. Leurs mains ont une agilité incroyable et le regard ne quitte pas leurs doigts. Les bords des chapeaux sont encore à finir, mais ils en sont déjà à un lavage en eau savonneuse, rinçage, séchage. Vient ensuite l’étape du battage au maillet de bois, le finissage des bords puis la mise en forme au fer à repasser. Il faut six mois pour réaliser un panama de la qualité la plus fine, et son prix peut atteindre DSCN2532mille dollarDSCN2511s : roulés, ils doivent pouvoir passer dans une alliance ! Ceux de qualité fine sont un peu moins chers puisqu’ils ont pris moins de temps, mais le chapeau de qualité standard est tout à fait abordable. Il peut être lavé, roulé, et il vous est livré dans un coffret de bois estampillé. J’ai beaucoup appris au cours de cette journée, vu de très beaux visages d’enfants sains dans un village qui vit simplement de son travail (son art ?) avec beaucoup de dignité. Ils vendent leur production à une société quand ils n’ont pas la visite de touristes. Les chapeaux que d’autres passagers ont DSCN2494achetés sur les marchés valaient 15 $. Je les ai DSCN2514payés plus du double, mais je ne le regrette pas, puisque j’ai vu ceux qui les ont faits de leurs mains.

De retour au bateau, il a fallu déposer nos achats qui seront entreposés en chambre froide (congélateur) pour tuer les insectes éventuels des coffrets. J’y ai laissé mes chapeaux qui auront à subir l’épreuve du gel après l’ébouillantage.

DSCN2523DSCN2546La chaleur au village était très supportable, mais le ciel s’est à nouveau couvert, et ma Belle de Nuit restera invisible…
Le chapeau panama vient d'Equateur et non du Panama...

 Au spectacle après dîner, les boniments de l’humoriste m’ont presque totalement échappé, et j’ai écrit à mes kids les trois dernières cartes postales de ce périple, avec les lignes de Nazca, si énigmatiques. Ce qui n’a pas manqué d’attirer le regard de Thom le directeur de croisière, qui en a fait un sujet de conclusion, me « dénonçant » ainsi au public qui m’a applaudie de n’être pas partie malgré mon incompréhension des « jokes » (jeux de mots). Pour l'anecdote, je précise que sur les huit cartes que j'ai envoyées à chacun de mes enfants, seulement trois sont arrivées : les postiers revendraient les timbres après les avoir décollés...


Quelle grâce dans les mains de Romi la danseuse...

DSCN2607DSCN2583DSCN2584Le personnel indonésien nous a ensuite donné un show différent de la première fois, et ils sont nombreux sur la scène. On peut les admirer, car leur dur travail (11 h par jour 7/7 jours) leur permet tout juste de se reposer quelques heures. Il y a là beaucoup de ceux auxquels j’ai parlé, dont Mohamed qui, ainsi que quelques autres, affiche ouvertement son homosexualité. Pour lui en avoir parlé, il m’a dit que sur le bateau, il peut vivre sa préférence sans risquer la prison, alors qu’en Indonésie, c’est un délit très grave. Ils se sont donné un mal fou, tous ces jeunes, pour nous donner un spectacle de qualité, où le Roi des Singes avait la part belle, et où l’humour avait sa place.

Dans la baignoire, j’ai fait le test de Coriolis : nous approchons de l’Equateur et l’eau se vide sans tourbillonner autour de la bonde.


Ben oui... il ne se passe rien !