Mes amis, acceptez-vous de reprendre la mer avec moi pour continuer la croisière entamée sur le Prinsendam. Nous avons la chance d’avoir un captain qui n’est pas un Italien « allumé », qui n’a pris aucun risque pour épater la galerie, mais a su préserver ses passagers, ses équipages et son navire.

Ayons une pensée pour ceux qui ont été les victimes d’un fanfaron incompétent qui s’est déshonoré.

Jeudi 3 mars 2011

DSCN2375DSCN2378Une visite des cuisines et réserves du bateau est organisée, pour laquelle je me suis inscrite. Après une tasse de café avalée en hâte, j’ai retrouvé Georgette dans mon groupe d’une vingtaine de volontaires. Tout est nickel, ici on ne prend aucun risque de contamination et la chaleur est tempérée par une aération soignée. Nous allons ainsi découvrir les entrepôts, les pièces de congélation, la resserre aux légumes, la boucherie, la boulangerie, la pâtisserie, la pièce fraîche où un Indonésien prépare bouquets DSCN2381DSCN2384et corbeilles de fleurs fraîches (le manager m’a dit un jour qu’un fleuriste hollandais, c’est hors de prix, et que les Indonésiens sont aussi compétents). Une (deux) coupe(s) de champagne français apporte(nt) le point final à la visite. Les officiers mangent à ce niveau 4 dans le ventre du bateau, les sous-officiers et l’équipage au Lido du 11e. Sur le Volendam, les officiers avaient leur propre salle luxueusement décorée à côté du dinning room des passagers. Ici, tout semble plus démocratique et le pacha débonnaire est plus accessible.  

 Au cours de la matinée, nous avons passé l’épaule gauche de l’Amérique du Sud, le point le plus à l’Ouest de notre périple. Les transats sont occupés par des amateDSCN2391urs de soleil qui, DSCN2401visiblement, n’en craignent pas les maléfices ! A midi, le soleil est à la verticale, et je referai ce soir le test dans la baignoire de l’effet de Coriolis ; sous l’Equateur, dans quel sens va-t-elle se vider ? Le Pacifique cet après-midi, est un miroir parcouru d’ondes à peine perceptibles que seuls, des bancs de dauphins et de thons troublent en sautant hors de l’eau par dizaines ! Les dauphins sont de redoutables chasseurs de thons, et je comprends enfin pourquoi les marins-pêcheurs les maudissent ! Je peste une fois encore contre ces nouveaux appareils photos qui ont toutes sortes d’options, mais auxquels il manque l’essentiel : un viseur ! L’écran me renvoie l’image de mon propre visage, alors que je souhaite prendre les poissons qui dansent. Alors j’ai visé au jugé la partie de la mer qui était en face de moi en essayant de faire au mieux. Plusieurs prises ont été nécessaires…

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Les dauphins sont de redoutables chasseurs qui se gavent de thons !

DSCN2425DSCN2431J’ai terminé mon aurore boréale librement inspirée : si un ciel comme le mien a déjà existé, qu’on me le prouve ! J’ai un peu déliré, mais c’est le privilège du peintre, et puisqu’il y a des licences poétiques… Mais je ne suis pas Turner qui pouvait tout se permettre !

Plus tard dans l’après-midi alors que je suis sur la terrasse du Lido, j’ai entendu des cris venus de la mer : une vedette avec deux hommes font de grands signes, mais le Prinsendam, s’il a détourné sa route pour l’éviter, a bientôt repris son cap, alors que la vedette croise son sillage…

 Joyce auraDSCN4841it pu remplacer la défunte Elsa Maxwell, surnommée la commère d’Hollywood, qui dans sDSCN4842on journal, il y a cinquante ans, faisait savoir au public tous les secrets et les potins du monde cinématographique. Elle a raconté à table, ce qui est vrai, que je rapporte un ou plusieurs chapeaux de chacun ou presque de mes voyages, que j’ai acheté au musée d’Oklahoma City un chapeau de cow-boy rose dragée, à Hong Kong un vrai chapeau de pêcheur… en bref, elle veut que je dise combien sont accrochés à mes murs. Et encore… elle a oublié la pièce de mon domaine traversée par une grosse poutre sur laquelle sont posés une dizaine d’entre eux !

 Aline nous attend ce soir pour saisir la dernière chance qu’il nous reste de voirla Croixdu Sud. Joyce a déclaré forfait, c’est la cinquième fois que nous sommes réunis autour de la jeune « officier ». La petite quinzaine de fans qui a gardé espoir contre vents et marée a été gâtée : pas de lune, ciel dégagé… et lumières éteintes pendant une heure sur le deck 13. Annett, munie d’une lampe-laser, a dirigé le faisceau sur tel ou tel point du ciel en expliquant comment reconnaître les constellations. Nous savons maintenant comment ne pas prendre les vessies pour des lanternes et confondre la « Croix du Sud », la vraie, avec la fausse Croix, sa pâle imitation, même si elle est plus grande mais n’a que quatre étoiles. On pourra m’en proposer deux pour le même prix, je ne prendrai que la vraie, celle après laquelle j’ai couru vingt ans ! J’en ai pris plein les yeux, dans la tiédeur de la nuit équatoriale, et si les projecteurs ne s’étaient pas rallumés, j’y serais encore !

 L’eau de la baignoire s’écoule sans tournoyer.