55 – Lima – Pérou

Lundi 28 février 2011

Thibaud, le plus jeune de mes petits-fils célèbre aujourd’hui ses 19 ans et j’ai pu sans (trop) de mal lui adresser un courriel, puisqu’il n’y a pas de 29 février, ni de « Bougie du Sapeur » cette année !

DSCN2106DSCN2107Je suis restée dans la cabine pour que Monica puisse m’y appeler… J’ai attendu longtemps, et m’apprêtais à lui envoyer un mail lorsque le téléphone a sonné : en fait, sa mère et elle ont été retardées mais elles sont toutes les deux à bord et vont venir jusqu’à la chambre 378. Maria Antonietta est la maman de deux enfants, Carlos et Monica. Après avoir fait connaissance, nous sommes parties en taxi depuis le port de Callao, et notre chauffeur s’est arrêté prendre de l’essence (pas plus de dix litres (peut-être moins) vu le peu de temps du remplissage) pour lequel DSCN2116Monica a tendu un billet. Un chapelet est accroché au rétroviseur qui tient le rôle de notre St Christophe ? En chemin, une superbe DS19 Citroën nous a croisés, et j’ai expliqué que cette voiture française a plus de cinquante ans ! Beaucoup de VWDSCN2114 roulent encore en Amérique Latine…

  A la place d’Armes, je me suis retrouvée comme onze ans auparavant, devant la cathédrale et le palais présidentiel où, avec les copains, nous avions assisté en l'an 2000 à une scène d’opérette relève de la garde. Sur le côté du palais que je me souviens avoir longé, le taxi s’est arrêté à la porte d’un restaurant devant lequel nous sommes forcément passés. Carlos DSCN2128vient peu après nous rejoindre. Il a 30 ans, un sourire éclatant et DSCN2131ses cheveux grisonnent. Il parle plusieurs langues dont le français. Sa mère a enseigné l’espagnol à Hambourg avant son mariage.

Je les ai laissés choisir le repas (péruvien est-il besoin de préciser ?) que nous avons entamé avec un verre de pisco mousseux (un  mélange d’alcool citronné et blanc d’œuf battu) et arrosé de la bière cervoise locale. Nous n’avons parlé qu’en français, que Maria Antonietta peut comprendre un peu. Carlos DSCN2121DSCN2136travaille toDSCN2133ut près dans un journal sportif où il dessine. Il doit repartir travailler, et nous allons revenir toutes les trois au bateau. La cathédrale proche est pour l’heure transformée en musée dont l’entrée est payante. L’ayant déjà visitée avec Edison et les copains nantais, je la regarde une dernière fois… Je m'étais déjà dit la même chose lors de mon premier séjour, mais cette fois, je n'y reviendrai plus !

DSCN2147DSCN2154Trouver un taxi pour Callao (le port de Lima) n’est pas une mince affaire : les conducteurs travaillent dans une zone DSCN2156délimitée, et lorsque l’un d’eux accepte enfin, il nous laissera à la périphérie de Lima dans un lieu où nous trouverons un bus jusqu’au port de Callao. C’est la première fois que je vois un chauffeur de taxi en cage ! Le trajet m’a semblé beaucoup plus long qu’à l’aller, et je réalise que si le parc automobile des Liméens a changé (il n’y a plus d’épaves roulantes)

DSCN2140DSCN2160leur manière de conduire est restée la même. Ici on utilise principalement deux des commandes de la voiture :DSCN2189 le klaxon et l’accélérateur ! Le clignotant, c’est seulement en option !

Le petit bus qui s’arrête et qui va nous permettre de regagner le port est occupé par des familles que je prends en photo sous les DSCN2175DSCN2176yeux amusés de l’encaisseur puis du conducteur réjoui qui en plaisante. Sur le trottoir près de l’entrée du terminal, nous nous serrons toutes les trois par sécurité, car le quartier n’est pas sûr… et mes deux compagnes se méfient et sont visiblement vigilantes.

A l’entrée du Prinsendam, Monica est reconnue et elleportrait NB a plaisir à DSCN2109présenter sa maman aux collègues… Joey que nous croisons, me propose pour demain une visite à un haras où nous verrons le dressage des chevaux andins. Le Lido est le lieu des délices où nous allons déguster une crème glacée. Maria Antonietta va continuer avec sa fille la visite du bateau, tandis que je vais aller choisir LA photo qui sera le dernier vrai portrait de ma vie, parmi les 36 clichés proposés. Diana s’est endormie et n’est pas parue au dîner, parce qu’elle pensait que tous les autres se rendraient au repas italien donné sur le pont central (elle a fait erreur, c’est prévu demain).C’est un magicien qui a régalé son public de tours inédits et on a beau le savoir : y a un truc… mais on n’y voit que du feu ! La vente a rapporté 6.600 et qq $ sans que j’aie pu savoir à combien sont parties mes (chefs d’)œuvre. Joyce avait mis une option sur l’une d’elles, mais quelqu’un a surenchéri. J’aurais aimé savoir laquelle a été le mieux vendue et à quel prix.

 56 – Lima – Pérou

Mardi 1er mars 2011

DSCN2233Joey a repris le même taxi driver qu’elle avait hier et il est ponctuel. Luis est d’origine africaine évidente, et ils sont peu parmi les Péruviens dont les traits andins très marqués leur viennent des Quechuas, quand ils ne sont pas d’ascendance espagnole. Y aurait-il eu des esclaves au Pérou qui seraient ses ancêtres ? Ou sont-ils venus du Brésil jusqu’ici au cours des siècles ?

Il nous a conduites par le chemin le plus long par la côte du Pacifique (mais Joey avait négocié hier le forfait pour la journée d’aujourd’hui). C’est avec surprise que je reconnais la playa où nous avait reçus Suzanna dans sa jolie maison-forteresse du bord de mer. Je raconte à Joey que le mari de celle-ci, pilote de chasse, avait été tout bonnement viré de l’Armée après un accident cardiaqueDSC2208

DSCN2219Les villas-bunkers sont édifiées derrière des murs entre la route Panaméricaine et le Pacifique. De l’autre côté, des collines offrent au regard une incroyable aridité lunaire, même si la condensation couvre leurs flancs de nuées statiques qui ne les mouillent pas. Un double portail défend l’entrée de l’hacienda « Los Ficus » dont le DSCN2246décor de bougainvillées et d’ombre fraîche semble un éden après l’absolue sécheresse que l’on vient de voir. Nous sommes invitées à boire un pisco sour servi avec des petites pommes de terre rondes qu’à DSCN2245l’aide d’une pique on plonge dans une sauce au safran très légèrement relevée. Après cette pause bienfaisante, l’hôtesse chapeautée d’un panama nous propose de la suivre pour visiter l’hacienda. Nous sommes dans un domaine privé, dont la trentaine de chevaux qui y vivent sont essentiellement des reproducteurs de la race de chevaux péruvienne : le Paso. Il faut se souvenir que les chevaux étaient inconnus des autochtones Indiens lorsque les conquistadors espagnols arrivèrent avec les leurs. Quelques-uns de ceux-ci s’échappèrent et se reproduisirent librement en DSCN2250DSCN2252redevenant sauvages.

Une naissance est attendue et espérée pour ce soir. Un poulain de deux semaines haut sur pattes joue près de sa mère, dont il sera séparé à quatre mois pour être regroupé avec les jeunes du même âge. Puis il (elle) sera éduqué(e), mais son heureux caractère en fera une monture exceptionnelle. Les meilleurs des meilleurs seront sélectionnés et leur semence vendue à prix d’or, tandis que les DSCN2258DSCN2266femelles poulineront. Une exhibition est prévue à 13 h, à laquelle devraient participer une quinzaine de passagers du Prinsendam qui ont payé cher leur excursion (dont Jane qui est stupéfaite de nous voir là). Nous avons eu deux heures pour tout voir de l’hacienda avant leur arrivée, depuis les enclos où chaque étalon a son propre abri et son espace d’herbe, jusqu’aux prés où paissent les futures mères, et d’autres prairies encore où les jeunes folâtrent comme des poulains qu’ils sont entre les juments qu’ils tètent au passage. Nous avons vu aussi le pitt où se mesurent  les coqs de combat : le propriétaire des lieux en a une bonne centaine dans des boxes individuels… Le jardin est abondamment fleuri, et un puits généreux fournit à l’hacienda toute DSCN2287DSCN2302l’eau qu’il lui faut pour les chevaux et l’arrosage des pelouses.

Plusieurs présentations de « danses » de chevaux avec des cavaliers de blanc vêtus montrent la docilité et l’extrême fluidité de leur marche élégante. J’ai savouré ces moments particuliers dans ce décor si raffiné. Avant le lunch, ceux qui le souhaitent peuvent monter. Je vais voir si mes prothèses vont supporter l’épreuve… Oui ! Mais si monter en selle n’a pas posé trop de DSCN2305DSCN2320difficultés, descendre m’a paru plus périlleux, et j’ai été bien contente d’avoir l’aide de deux caballeros. Le petit tour du pré n’a pas fait de moi une cavalière émérite, mais au moins, j’ai pris quelques instants de bon temps ! Joey, à l’inverse, a une bonne assiette qui montre une longue expérience.

Elle m’a longuement parlé des trois ans et demi qu’elle a passés non loin de Limoges, dans un bourg de campagne de moins de 300 P3010508personnes, dont le rejet à leur égard, eux Américains, a été systématique (hormis le vétérinaire qui s’occupait de leurs deux chevaux devenu un ami) et les tracasseries administratives des édiles qui frôlaient l’illégalité. J’ai eu honte de mes compatriotes et le lui ai dit. Sa réponse « Oui ! Vous pouvez en effet avoir honte d’eux… ». Son mari et elle ont fini par vendre la maison à un jeune couple qui, n’ayant pas l’argent disponible, a accepté la proposition de Joey de leur avancer l’apport personnel qui leur a permis d’obtenir un prêt bancaire, et qu’ils s'étaient engagés à rembourser un an après. C’était en 2007 : le jeune couple n’a pas payé et ne répond pas aux lettres du notaire… Elle a en des dizaines à raconter : des histoires de mitoyenneté, de plan d’urbanisme, d’un voisin venu lui vendre des champignons cueillis dans son propre pré… Ils ont mieux compris quand, lors d’une élection, ils ont vu que plus de 20 % des électeurs avaient voté pour le Front National.  Le nom de cette commune si P1010014accueillante ? Saint Martial le Mont…

Au cours de cette journée, une cinquantaine d’enfants de l’école des sourds-muets de Lima ont passé la journée sur le bateau où ils ont joué, déjeuné, se sont déguisés, ont emporté des tas de cadeaux et le chèque de 6.600 dollars et des brouettes, fruit de la vente des tricots, photos et aquarelles.

Lisa, ancienne infirmière d’hôpital, pouffe soudain de rire au cours du dîner, et nous fait DSCN2330profiter des raisons de son hilarité : le récipient dans lequel la jeune sommelière fait décanter le vin rouge à la table d’honneur fait plus penser à l’ustensile connu sous le nom de « pistolet » qu’à une carafe de grand cru ! Où les designers vont-ils donc chercher leur inspiration ?

Paul et Jana ont été les grands lauréats du « Dancing With the Stars », et lorsqu’ils évoluent sur la scène, personne n’est surpris de ce succès, tant ils sont en harmonie, souples et gracieux…