53 – Ocean Pacifique – en mer

Samedi 26 février 2011

Mer gris-bleu, ciel légèrement voilé… Le navire est revenu à la hauteur du Tropique du Capricorne, mais le Pacifique est un océan très froid qui tempère la chaleur que nous aurions à terre ou sur l’Atlantique.

DSCN1914DSCN1927Joyce me rappelle que nous sommes invitées à la table du capitaine pour le lunch à 11.30 h. Ca m’était sorti de la tête, et me laisse peu de temps pour assister en entier à la démonstration de cuisine donnée par le chef pâtissier du bord. A la poche à douille, il a fait une magistrale décoration d’un gâteau qui donne l’illusion d’un « basket cake » en vannerie, et montré comment faire des roses en pâte d’amande. Elémentaire, mon cher Watson : il n’empêche qu’il faut y penser !

DSCN1946DSCN1939J’ai quitté le Culinary Center juste à temps pour être avant l’heure à l’entrée où Joyce n’était pas. Pour être franche, le capitaine ne nous a pas invitées à sa table : nous étions près d’une centaine répartis en groupes de huit, mais le pacha était bien là en personne pour nous accueillir individuellement. Diana et moi décidons : soit Joyce la manquante ne nous a pas attendues pour entrer, soit, et c’est peu probable, elle est en retard. Nous lui avons gardé un siège en vain. Chacun a trouvé à sa place un DSCN1934DSCN1945dessous de verre en faïence de Delft avec un certificat d’origine, et le champagne sera servi à volonté. Le menu est plus succinct qu’au dîner, mais il y a de quoi trouver son bonheur. Après la coupe de crevettes, j’ai choisi la sole du Pacifique, dont Diana dit "si c’est de la sole, Je suis Napoléon »… Je suis sûre pour ma part que c’est de la sole, la peau blanche du dessous est parfaitement reconnaissable (j’en ai si souvent dépouillé !), mais elle est convaincue qu’on ne sert jamais la peau de la sole... Je suis sortie de table gentiment pompette... même si le prétendu champagne n'était qu'un bon blanc de blancs pétillant venu de France ! A 1 h, le capitaine annonce que le Prinsendam a quitté les eaux chiliennes et que nous sommes DSCN1952DSCN1955maintenant dans celles du Pérou.

La vente des « œuvres d’art » de la classe d’aquarelle doit se faire à 1.30 h. L’argent récolté sera consacré à aider deux enfants péruviens sourds-muets. En fait, chaque acheteur potentiel inscrit près de l’objet (car ce peut être des tricots, des photos…) le prix qu’il accepte de débourser pour celui-ci. J’ai ajouté mon bananier, et il sera ma douzième contribution…

Nous naviguons entre le Tropique du Capricorne et l’Equateur. La chaleur derrière les vitres du Lido a fait déménager les aquarellistes près du deck DSCN1950DSCN1957extérieur. Je suis toujours à chercher mes effets de vagues ou de reflets dans l’eau. Le tout avec les trois couleurs primaires, et c’est un challenge d’obtenir du noir ou presque avec le bleu cyan, le rouge magenta et le jaune… mais j’aime ça !

Un p’tit tour à la piscine qui a dû être remplie d’eau de mer, car elle porte bien mieux que d’habitude. Ce doit être vrai qu’on a puisé l’eau dans l’Antarctique. Elle est tiède, bien sûr… l’eau glacée de l’autre pool c’était dans les glaciers et pour le fun du bain avec les pingouins. J’ai longuement bavardé avec Marilyn et Rodney, et ai pour la première fois remarqué qu’elle a une scoliose prononcée (en fait, elle est bossue) et sa main droite est atrophiée, mais elle a des gestes si naturels qu’on ne remarque pas son handicap. Ainsi, il y a quelques jours, elle m’avait confié son appareil photo pour un cliché, en me montrant le maniement de celui-ci, mais la difformité de sa main (que j’avais sous les yeux) m’avait totalement échappée.

 Solé a remplacé Arip au dinning-room, et Yohat nous demande d’intervenir auprès de son manager pour qu’il puisse garder « ses » trois tables de 8 convives, dont l’une est inoccupée (nous sommes 6/7), et surtout, elles sont près des cuisines, ce qui leur évite d’avoir à parcourir la longueur de la salle avec de lourds plateaux...

54 – Paracas – Pérou

Dimanche 27 février 2011-02-28

Lorsque j’écarte les rideaux de la cabine vers 6.30 h, tout est noyé dans une brume épaisse. Sera-t-il possible d’apercevoir le mystérieux et célèbre Chandelier des Andes, ce géoglyphe gravé dans la montagne et qui ne peut être vu que de la mer ? Nul ne sait quand et par qui il fut creusé dans la roche, ni quelles en furent les raisons. Etait-il un amer pour les navigateurs ? Faut-il l’associer aux lignes de Nazca toutes proches, auxquelles Maria Reiche a consacré sa vie sans pouvoir en trouver la signification ? Ces lignes ne furent découvertes que vers les années 30 du XXe siècle, car indécelables au sol, elles ne sont visibles que d’avion. Ces sites ont été préservés par l’extrême sécheresse des lieux. Les pluies venant de l’Atlantique sont arrêtées par les hauts sommets des Andes, dont les versants est sont arrosés et verdoyants, tandis que ceux faisant face au Pacifique sont un désert absolu.

P1010003DSCN1994Même s’il est connu sous le vocable Candelabra, il ressemble plus à un trident, bien que certains l’assimilent plutôt à un cactus de la région aux propriétés hallucinogènes qui permettaient aux chamans en transes d’annoncer leurs prophéties. La brume s’est peu à peu dissipée et le Prinsendam s’est doucement approché jusqu’à la limite de sécurité de navigation. Nous l’avions mieux vu l’autre fois, car la lumière rasante de l’après-midi en soulignait les reliefs. J’en ai DSCN2003entendu parler la toute première fois à la TV du temps où il n’y avait qu’une chaîne en noir et blanc, à l’émission-culte « Cinq Colonnes àla Une » de Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère… pour ceux qui DSCN2012s’en souviennent ! Pouvais- je prévoir à cette époque que j’aurais l’opportunité de l’avoir sous les yeux non pas une, mais deux fois dans ma vie ?

Le bateau a lentement viré pour reprendre sa route vers Puerto San Martin, du nom du libérateur qui fomenta la révolte qui permit au Pérou de se détacher du royaume d’Espagne. Un service de navettes permet d’aller à Paracas, d’où l’on s’embarque pour les îles Ballestas, où j’ai laissé Joyce aller seule, puisque je connais déjà les lieux. La bande côtière est un désert désséché par les vents du Pacifique et les pluies ne tombent que de l'autre côté des DSCN2016DSCN2018montagnes. J’avais oublié que les conducteurs péruviens (hormis nos guides, qui étaient irréprochables sur ce point) prennent les virages au plus court et doublent en haut de côte sans états d’âme. Mais tout le monde est revenu indemne de la virée.

J'avais imaginé que c’était jour de marché à Paracas, et que j’en rapporterais des images colorées, mais j’ai vu une plage bondée un dimanche d’été. J’en ai fait quelques clichés insolites et pu prendre DSCN2025DSCN2055quelques beaux portraits. Marisole me hèle pendant une tentative de séduction d’un bébé dans les bras de sa mère ravie. Vêtue d’une robe rouge sexy, elle a grande allure et est avec une autre Marisol, sa mère, qui l’accompagne sur le bateau pour ses démonstrations de cuisine. Simon est le patronyme de son mari qui pense avoir des ascendances françaises.

Au dîner, Joyce explique combien elle est ravie de sa balade. « IncredibleDSCN2059 » dit-elle, d’avoir vu tant d’oiseaux, de phoques, de pingouins et d’animaux différents sur les mêmesDSCN2060 rochers. Diana l’attaque de front : « Idiot d’aller voir des animaux qu’on trouve partout (sic) au lieu de visiter des ruines ». Je me sens obligée d’intervenir en lui rappelant que chacun est libre de voir ce à quoi il est sensible. Pour sa part, elle est allée à la plage, "parce qu’on lui a dit que c’était dangereux" et elle s’est baignée pendant qu’une famille surveillait son sac. Je pense qu’elle a confondu avec la ville de Pisco toute proche, où, même de jour, il est risqué pour les touristes de s’aventurer. Je me souviens DSCN2064DSCN2032parfaitement que nos guides nous avaient enfermés dans les 4/4 sous la surveillance d’Edison, tandis qu’Aquiles était parti seul assurer l’intendance.

Diana ne se remet pas de la mort récente de son mari qui a été euthanasié à sa demande, et avec lequel elle a passé sa vie à voyager. Elle a des difficultés à assumer et passe parfois par des phases d'incohérences ou d'agressivité.

DSCN2074DSCN2056Les Oscars sont décernés aujourd’hui à Hollywood et le Prinsendam en est ce soir la succursale. Nous avons tous été « orscarisés » par un collier de pacotille, et le Show-room a déroulé le tapis rouge pour une retransmission en direct à la TV. La moisson qu’a récoltée le film « Inception » me démontre que la cartésienne que je suis a eu tort de ne pas faire l'effort entrer dans son scénario. Pour être franche, je vais au cinéma pour me faire plaisir et non pour me torturer l'esprit. Le grand Prix a été décerné à « King’s speech » dont les extraits m’ont fait penser aux difficultés d’élocution du roi George VI, le père d’Elizabeth II, mais je dois attendre de voir le film à mon retour pour le savoir…