Southern_statesMercredi 4 octobre

Pour le dernier matin en famille, breakfast comme à l’accoutumée, pris debout en déambulant devant les différents téléviseurs de la maison où les tours continuent de s’écrouler. Bill me serre longuement contre lui, mais refuse mon invitation de venir visiter la Bretagne : il n’aime plus voyager.

Nous sommes à l’heure dite sur le parking des Four Seasons, mais les vans ne sont pas encore arrivés, ce qui nous donne le plaisir de prolonger l’instant du départ. Quatre d’entre nous vont aller de leur côté à la découverte des States, et ils nous rejoindront à Atlanta le jour du retour.

Nous sommes ainsi répartis dans trois vans : 6 / 4 / 6, la plus 84_D_part_de_Greensborochargée en bagages n’aura que quatre passagers. La deuxième voiture est équipée d’un GPS. Parfois, une voix féminine dit au conducteur : « Vous vous êtes trompé ». Christian décide qu’il a assez de femmes dans la voiture sans avoir en plus à supporter une nana synthétique. Il laisse donc le volant et le GPS aux jeunots. Il prend la tête du convoi avec Jean-Claude comme navigateur, et la « volaille » derrière (son épouse et les copines).

Trois bandanas rouges accrochés à nos derrières seront... nos panaches blancs, qui nous permettront de nous repérer sur la route, et plus encore, dans les encombrements des villes. Curieusement, notre itinéraire passe par Charlotte, alors que je pensais que nous gagnerions la côte droit devant.

Nos drivers se sont vite adaptés à la conduite automatique, et les mystères des différentes commandes leur seront peu à peu révélés. Après trois heures de route, Marie-Louise et Marie s’étonnent de la capacité étonnante de la vessie du chef, et en font le reproche à Nini, principale responsable ! Ladite vessie ayant atteint ses limites, nous stoppons enfin devant un Ws Wings où les ailes de poulet sont une spécialité. Question à 100 $ : que font-ils des restes du poulet ? Claire nous donne l’explication : lorsqu’elle vivait in England, elle achetait des morceaux de poulet coupés en dés qu’elle passait rapidement au four. Six ailes pour 3.75 $ (ou bien 10, 15 ou 20) avec la sauce de son choix. Henri, qui a dû potasser son guide, nous recommande une chaîne de restos « Red-o-a-que » (Red Oak)... S’il veut demander son chemin, il devra réviser son accent !

Comment en sommes-nous venus à parler de cuisine, et de beurre blanc servi dans un thermos ? Marie-Louise avoue qu’elle a du mal à réussir son beurre blanc à 100 %.   « C’est comme une mayonnaise, dis-je, une simple saponification... c’est de la physique ». « Non, c’est de la chimie », répond-elle, un brin vacharde. J’ai, comme souvent, perdu une belle occasion de me taire ! Chacun y va de sa recette de vinaigrette... Celle de Marie-Louise : une cuillerée de vinaigre, sel, poivre, deux d’huile d’olive, trois d’eau. Rémi inquiet veut savoir si on peut préparer le mélange à l’avance ! Il est aussi question de So4H2, mais quelle cuisine utilise de l’acide sulfurique ? ? ?

Le chef est susceptible, le chef a ses humeurs. Ses mousmés ayant oublié l’article 1 « Le chef a toujours raison », le co-pilote navigateur impose désormais au petit personnel la voie hiérarchique pour exprimer les remarques ou desiderata. Don’t disturb the boss when he is driving (on ne dérange pas le patron lorsqu’il conduit).

Une moitié de maison sur un plateau, suivi d’une berline noire avec deux drapeaux rouges, met notre imagination en liberté, car nous n’avons vu qu’un demi-home. Où est l’autre ? Peut-être le co-locataire n’a-t-il pas voulu partir ?  « Ou bien c’est un divorce » avance Henri, pragmatique, avec un brin de malice, ce qui fait réagir Marie-Louise. « Cesse de faire des projets », dis-je. « Ne rêve pas » ajoute quelqu’un.

93_Charleston_view_194_Charleston_view_2Arrivée à l’hôtel sans coup férir : le navigateur a bien lu les cartes ! Nous sommes dispersés à divers étages de la tour Holidays Inn où nous 85_Charleston_sous_les_ch_nesdéposons nos valises avant d’aller déguster Charleston à petits pas gourmands. Les trois voitures trouvent à se garer sur « The Battery », près d’un jardin planté de chênes verts allongeant leurs branches démesurées qui s’entrelacent, et sous lesquels mitrailleuses et canons anciens rappellent que la Guerre de Sécession a commencé ici.

86_Le_front_de_mer_CharlestonLe front de mer est surélevé de 1,50 m pour protéger les rues de la tempête. Son guide à la main, Maïté fait la lecture, tandis que caméscopes et appareils photo immortalisent les vieilles maisons de l’époque coloniale aux colonnades néo-corinthiennes. Dans son élan, elle s’adresse à un homme d’un autre groupe qui se trouve près d’elle. Il rit, et nous finissons par comprendre qu’il est Norvégien. Reconnaissant quelques mots, son groupe s’exclame « Vive la France ! ».

88_Le_toit_de_cuivre89_CharlestonLe nez au vent et l’objectif en alerte, nous flânons dans les rues de la ville prestigieuse, enrichie par le commerce des esclaves. Les somptueuses maisons victoriennes dont certaines ont des toits de cuivre poli, sont ornées de mascarons, nous semblent moins belles après la visite du Slave Market Museum. Pas un fil électrique 90_Maisons_victoriennessuspendu, ce qui, ici aux States, est exceptionnel : tout est enterré. Une puissante odeur d’ur... d’humanité nous picote les narines. Qui a dit que l’argent n’a pas d’odeur ? Vespasien ? Il se trompait, nous sommes juste devant une banque...

Madeleine aujourd’hui, porte un corsaire bleu qui me fait flasher. Elle arbore une nouvelle tenue chaque matin, et a dû écumer les boutiques de sa région pour remplir sa valise. A l’unanimité, elle est désignée comme candidate au titre de la meilleure représentante de l’élégance française. Rémi, nostalgique, a trouvé sur le trottoir une paire de cornes végétales, et, pour notre plus grand plaisir, reprend son rôle de Taureau Triomphant.

87_Taureau_TriomphantLes boutiques de luxe et les maisons restaurées ou en cours de rénovation se succèdent dans Meeting Street. A un guichet automatique bancaire qui nous appelle par notre nom et crache ses dollars, Annaïck a saisi la liasse avant que son mari ne mette la main dessus. Rémi, dont le T-shirt proclame avec ambiguïté You know what... I love you, a un succès fou auprès des minettes. Et encore... elles ne l’ont pas vu avec ses cornes !

91_Charleston_Elle_est_rondeUne église circulaire en briques est hélas ! fermée. A un carrefour passent devant notre groupe deux vélos taxis dont l’un des occupants dit au conducteur : « Pédalez plus vite ! », alors que le malheureux en a visiblement plein les bottes. Une galerie marchande accorde 30 % de rabais pour ses « sales », tandis que Godiva propose ses chocolats belges... une fois ! Un patio délicieux dont la fontaine murmure sa fraîcheur attend les clients. Mais le chef n’a pas vu (ou pas voulu voir) ce havre de paix.

Les godillots commencent à se faire lourds dans l’sac. Claire prend l’initiative d’arrêter une dame élégante, qui nous indique deux restos, et, si l’un d’entre eux est sur le chemin de notre retour, l’autre est, derrière nous. Bien entendu, nous optons pour le second, et retournons sur nos pas dans Market Street, remarquant au passage des œuvres exposées dans des galeries d’art qui nous avaient échappé au premier regard. Vickory’s est un resto-grill dans le jardin duquel aucune place n’est plus libre... Alors, pour seize, nous sommes mal barrés !

92_Po_boy_et_saumonPlusieurs tables rapprochées pour ne plus en faire qu’une, le saumon grillé est choisi à l’unanimité sauf deux, qui préfèrent dinde et oysters « po-boy » (sandwich louisianais aux huîtres pour les pauvres garçons, comme son nom l’indique). Nos yeux s’habituent à la semi obscurité, mais nous en sortirons vivants. Est-ce par humour involontaire qu’on a écrit sur un panneau :  « Avant de finir, n’oubliez pas de demander la bomb ? ». Nous n’avons pas  voulu d’explications !

Lorsque nous sortons, la nuit est tout à fait tombée, et Rémi enjambant un vélo cadenassé à un arbre, joue au chien arroseur. Des visites de nuit sont organisées, et nous rencontrons plusieurs groupes de touristes guidés. Les façades des plus belles maisons sont éclairées, ainsi que l’intérieur de quelques-unes d’entre elles. La nuit est douce, la circulation quasi nulle, c’est bien le moment pour découvrir Charleston, la ville de Rhett Butler, arrosée par ses deux rivières, Cooper River et... Ashley River (seuls les initiés, fans de « Gone with the wind » comprendront. Depuis le front de mer, nous apercevons la tour de notre hôtel, en fait tout proche de down town.

En marchant, Maïté nous raconte son expérience familiale : elle a été reçue par ses hôtes qui vivent dans un « retired home » dans lequel un appartement est mis à la disposition des invités des résidents, et que ses amis ont loué pour elle le temps de son séjour. Le dimanche, ils ont mangé au restaurant de la maison de retraite, et un invité s’était joint à leur table : un de leurs amis prénommé Mel « tiens ! comme Ferrer… » dis-je « Non ! comme Gibson !!! » rétorque-t-elle. Ledit Mel était sympa, charmant, élégant, disert, et, en prime, ayant une fille qui vit à La Baule, promettait de venir dès novembre dans la région, et de faire un détour par Nantes…

Un matin à 8 h, Maïté a participé à une séance d’aqua gym. Et c’était du sérieux ! Equipée de bracelets jaunes en plomb aux chevilles, de chaussures à trous antidérapantes, de gants bleus, orange ou rouges qui faisaient des mains palmées, les participants essayaient de suivre les hurlements de la nana qui les « manageait ». Mel, était là, lui aussi… Hélas ! nettement moins girond dans son petit slip qu’en costard… Les outrages des ans avaient anéanti d’un seul coup, d’un seul les éventuels projets d’avenir de notre Maïté…

Sur le parking de l’hôtel, les bandanas (nos panaches blancs) sont retirés des voitures pour ne pas faire des envieux... tout schuss sur l’ascenseur. Gros dodo et à demain !