Mardi 3 octobre 2001

               Lazzy day... Réveil à 9 h. Jusqu’au dernier jour, je me suis perdue dans cette maison, cependant pas très grande, selon Mae.

Nous avons rendez-vous au Country Club, où nous allons retrouver Nini, Marylène et Lou, et Anne-Marie, une amie française dont le mari américain historien, vient récemment d’écrire un livre sur le général Sherman. Cette dernière nous raconte que le plus grand journal d’Atlanta, qui en a publié des extraits, a reçu d’innombrables lettres d’injures, et même de menaces... Il faut se souvenir que, pour un Sudiste, Sherman, 140 ans après la guerre de Sécession, reste le Mal absolu. Or, l’historien, qui a travaillé sur des documents d’archives est formel : les ordres qu’a donnés Sherman interdisaient à ses hommes pillages et exactions. Mais allez donc essayer de retenir une soldatesque affamée ? Les Sudistes, eux aussi, ont pillé, rappelle-t-il...

Quoi qu’il en soit, Anne-Marie (en robe bleue sur la photo) prend les menaces très au sérieux, 70_Au_Country_Clubalors que son mari reste parfaitement serein, sûr de ce qu’il avance. N’y a-t-il pas, en France, de héros de la Résistance pas si clairs que leur légende, ou des collabos pas si abjects qu’on l’a dit ? L’histoire de Louis Renault, dont le corps radiographié à travers son cercueil a révélé que sa mort « naturelle » en prison lui avait causé des fractures du crâne ? Il avait eu le tort de faire tourner son usine pour ne pas mettre ses ouvriers au chômage, et fait en sorte que la production réservée aux Allemands tourne au ralenti. Pendant ce temps, avec son aval, et dans le plus grand secret, ses ingénieurs travaillaient à un prototype de ce qui deviendrait la si populaire 4 CV. Les Français sont-ils, eux aussi prêts à affronter les réalités de leur Histoire en Algérie ? Probablement non. Anne-Marie est bien d’accord, mais, dit-elle, chez nous en France, les gens ne sont pas armés et il ne viendrait à l’idée de personne de tirer sur un historien : ici, oui.

71_Les_greens72_Les_scoresAu Country Club, elles jouent généralement au golf, mais c’est le jour de bridge, et, après le lunch, nous allons visiter les « salons » de ces dames, où sont affichés les scores ; Mae est plus forte que Lou. Retour par la boutique où, selon Mae, tout est à vendre sauf... le jeune vendeur !

Rendez-vous pour la Farewell Party, mais, auparavant, nous devons aller à la poste chercher des timbres.

73_Pat_et_l_anc_tre74_Mon_rouet_copie_conformeNous sommes « a bit late », et arrivons même les derniers, la visite du musée est déjà entamée. Pat est là, venue de Charlotte comme prévu, et, après les retrouvailles, nous rejoignons l'un des groupes et nous mêlons à eux devant une vitrine où sont exposés les objets de la vie juive. Juste à côté, quatre sièges alignés rappellent que, du temps de la ségrégation, quatre serveurs d’un bar « blanc » décidèrent de s’y installer, au mépris des traditions, à la place des clients 75_Les_si_ges_de_Woolworthqui désertèrent. Cela dura quatre mois, et, le bar ne faisant plus d’affaires, cela fit 76_Les_si_ges_de_Woolworthévoluer les esprits, et ce fut le début du commencement de l’anti-ségrégationnisme.

Les road wagons que le cinéma nous a rendu familiers étaient indispensables aux pionniers qui devaient voyager trois à quatre mois en marchant à côté, et servaient à transporter le matériel et ce qui était indispensable à leur future vie. Le travail des enfants consistait à veiller au graissage des roues. Le plateau incurvé du chariot limitait le risque de voir les marchandises « bringuebalées ». Deux antiques Ford de la grande époque jouent les coquettes et se laissent admirer en baissant leurs yeux de cuivre étincelant. Des objets de la vie quotidienne donnent une idée du dénuement des pionniers, mais aussi de leurs astuces. Un rouet semblable au mien montre à l’évidence que, venant d’Europe, les premiers colons avaient apporté ce dont ils ne pouvaient se passer.

Le salon suivant expose les robes des épouses de présidents qui lançaient la mode, comme plus tard Jackie Kennedy. On nous parle longuement d’une égérie qui fut l’amie de onze présidents et fut, pendant plus de cinquante ans, leur éminence grise. Je n’ai pas retenu son nom. Il a aussi été question de Jefferson, dont l’histoire officielle n’a retenu qu’une fraction soigneusement édulcorée. Ce président aux cheveux roux a eu deux descendances : l’une blanche (normale aurait dit Coluche), la seconde noire et rousse, d’une esclave elle-même demi-sœur de Madame Jefferson… Mais chuuuuuut !

77_Marcia_et_Paul_MeisNous sommes invités à nous grouper par tables de huit pour écouter un concert de country music : guitare, banjo, fidlet (ce violon dont l’archet ne quitte pas les cordes). C’est le moment que choisissent mes amis Meis pour faire leur entrée, venant de Winston Salem. Mon séjour chez eux, il y a deux ans, a été inoubliable, et ils m’ont fait découvrir le Blueridge Parkway sous les rhododendrons  et les dogwoods en fleurs.

C’est à leur intention que j’ai apporté du Pineau des Charentes, dont ils étaient si friands lors de leur séjour chez moi qu’ils vidaient leur bouteille dans la journée !

78_Cherokee_people79_Les_m_mes_en_RicainsDans la salle de spectacle voisine, un couple d’Indiens va nous faire une démonstration de danses et de percussions. L’homme tape sur une peau tendue sur un cadre hexagonal et donne le tempo « style John Wayne » (ou TV) qui n’a rien à voir avec les traditions indiennes.

Lorsqu’on demande des volontaires pour monter sur scène, il faut bien accepter le jeu pour s’amuser un peu. Rémi qui, comme Buddy et les autres mâles du troupeau, doit porter ses index en cornes, semble se sentir un brin ridicule en taureau triomphant.

Christian reçoit un trophée dont les symboles représentent les quatre saisons etc... Des photos immortaliseront l’instant où, chacun à son tour, posera pour la postérité avec les artistes. Le costume de la jeune femme est très lourd de plusieurs dizaines de milliers de perles (j’ai oublié de noter le nombre exact).

Bill et Mae ont fait la connaissance de mes autres « familles » le courant passe, et nous nous attablons ensemble. Nos leaders prennent la parole, et Buddy nous remercie d’avoir eu le courage de venir en ces temps troublés. Nous sommes les héros du jour pour avoir bravé les risques ben ladeniens. Il souhaite la bienvenue à Pat, Marcia et Paul, « les amis de Blanche, qui est connue de toute la Caroline 80_Thanksgiving_celebrationdu Nord ! »... Le repas est le dîner de Thanksgiving Day, traditionnellement composé des mêmes éléments depuis le premier anniversaire de l’arrivée du Mayflower. La dinde est présentée entière, entourée de son cortège de légumes, dont des patates douces, et la marmelade de craneberries, dont nous avons naguère vu des champs lors de notre passage à Cape Cod. Le dessert propose tarte aux pommes et cannelle, ou pumkin cake (citrouille), ou les deux pour les plus gourmets. Pat doit repartir pour Charlotte, non sans m’avoir laissé un T-shirt abricot et un calendrier de l’Avent en tissu brodé. Je la raccompagne jusqu’au parking où est garée sa nouvelle voiture. Elle emporte pour Ellen (volontaire de la Red Cross qui est retenue à NYC pour aider les blessés du WWC) un petit paquet d’Yves Saint Laurent, du Pineau des Charentes et des galettes bretonnes. Pat, see you later in Nantes ? Yes, next year...

83_Le_nouveau_coup__de_Pat82_God_bless_AmericaElle a raté, hélas ! notre exhibition de chansons françaises dont l’apothéose est bissée, et dont le final, la « Marseillaise », est reprise par certains Américains, et qui inonde de larmes le visage de Buddy.

« Charles attend » dit-il... « et John aussi ! » Son sketch habituel est largement apprécié, et repris en chœur au moment de la réplique : « Is it possible ? »  « Yes, it is possibeul » « Greeeuuu »  « Nervous ».

Avant de nous quitter, nous formons une chaîne pour entonner le « God bless America ». Pour tous, c’est un moment d’émotion intense. Dieu bénisse aussi ces Américains à l’inépuisable générosité et à l’incroyable gentillesse. Adieu aussi à Marcia et Paul qui ont écrit une lettre pour mes enfants. Ils m’ont laissé une broche d’argent d’origine indienne. A la maison de Mae et Bill se pose l’éternelle question de la quadrature du cercle : comment faire entrer tous les cadeaux dans le sac, aussi grand soit-il ? Il a été « réparé », mais le salopiot qui a fait le travail pour 20 $ a cousu les pièces de cuir sans prendre le contrefort derrière, et à points si serrés que les morceaux risquent de se découper plus facilement qu’un timbre-poste !