J'ouvre aujourd'hui une nouvelle rubrique : Les larmes de Caroline...

Le récent anniversaire des attentats de septembre 2001 m'a remis en mémoire les images et les événements que nous avions vécus sur place en ces jours particuliers. Si le coeur vous en dit, suivez-nous... Je vous présente les protagonistes, dont vous connaissez déjà quelques-uns :

Christian et Marylène... et Nini la Valda

Jean-Claude et Alice

Charles et Solange

Alain et Marie-France

Serge et Marie

Henri et Marie-Louise

Guy et Annaïck

Madeleine

Maïté

Rémi et Claire

... et moi... et moi... et moi !

Vendredi 28 septembre 2001

001_TroglodytesVoici 17 jours que le ciel est tombé sur la tête des Américains002_troglodytes et nous sommes 21 à répondre à l’invitation de nos amis de Greensboro en Caroline du Nord, que nous avons accueillis en juin dernier et qui avaient été stupéfaits de découvrir les maisons troglodytiques.... Le trafic aérien, interrompu un moment, a repris partiellement.

C’est la première fois que nous sommes si 003_Mae_Blanche_Bettynombreux. Habituellement, notre groupe ne0004_See_you_later_Mae dépasse pas 10 participants. Les bagages sont hissés dans le TGV et la chasse aux fauteuils est ouverte : il y a le sous-groupe des « Jeunes » dans la voiture 16, et le sous-groupe « Hardy and C° », les détenteurs de la fameuse carte « merveilleuse » dans la voiture 17. Quelques assoiffés font un tour au bar et doivent se soulager de 15 F pour un café. * Les € n’ont pas encore cours !

Ah ! on les entend, les futurs Carolingiens du Nord ! Non qu’ils soient bruyants, mais ils s’exclament, évoquent d’autres voyages Outre-Atlantique. Les récents événements de ce septembre noir qui risquent d’embraser le monde forment le sujet de fond de la conversation, de même que la terrible réplique qui leur a fait écho à Toulouse 10 jours plus tard, même s’il n’y a aucun lien entre les deux.

Il est 12.20 h à notre arrivée à Roissy. L’avion de ma fille Hélène décolle pour Nantes à 12.35 h : aucune chance de se voir sauf si l’heure de retard prise au départ de Pointe à Pitre ne lui permet pas d’attraper sa correspondance. Hall C, comptoir Delta ; l’enregistrement commencera à 13.30 h. Après avoir juré « croix de feu, croix de fer » aux amis que je serai ici à l’heure dite, je file par les souterrains jusqu’au hall D porte 20, où on me confirme dans un sourire qu’Hélène a raté le vol pour Nantes. En revanche, en pianotant, la jeune femme ajoute :  «  Le vol de Pointe à Pitre s’est posé il y a 5 mn hall A ; vous trouverez votre fille là-01_H_l_ne_et_moibas ». Notre point de rencontre prévu étant D 20, si on se court l’une après l’autre dans l’aéroport, on a peu de chances de se trouver ! Re-souterrain, hall A, je me fraie un passage dans la foule compacte... et mon cœur se serre. Nous nous sommes manquées... Bien sûr, j’irai la voir à Noël, mais c’est si bête, de se rater de si peu... Non ! je la vois… elle s’avance vers moi... 

Il est temps de rassurer les copains qui, sûrement, enregistrent déjà. Maïté, qui a veillé sur mon gros sac avec une sollicitude de mère, a répondu pour moi « oui » à toutes les questions du cerbère, mais n’a, hélas ! rien gagné au grattage, non plus qu’au tirage ! C’est Christian qui a mon billet (je perds tout, c’est bien connu depuis un certain voyage en Louisiane…) et il est justement en train d’enregistrer au guichet. Je le hèle, puis tape dans les mains pour attirer son attention : il ne bronche pas, mais mon geste a attiré l’attention du « surveillant de la classe », un Noir au visage fin qui accourt et s’enquiert de mes desiderata. « Ben alors, dit Marie-France, depuis une heure on n’arrive pas à le faire bouger, et toi... ». Et oui ! c’est ça le charme breton : un signe, et le monde est à vos pieds !

Je me fais du souci pour les six bouteilles et les boites de galettes bretonnes qui pèsent... leur poids ! Ouf ! la valise de Maïté accuse 22.5 k et mon sac, juste un kilo de plus, comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences ! Six bouteilles : une « Fine Napoléon » pour Bill, mon hôte, deux Pineau des Charentes (blanc et rouge) pour Paul et Marcia Meis, qui en « descendaient » une quotidiennement lors de leur séjour à Nantes, et qui viendront de Winston Salem nous voir à la Farewell Party, une autre pour Danny que nous verrons à Boone, et enfin deux « Château Marchesseau » prestigieux Pomerol de 1989 (année exceptionnelle) une pour mon hôte, et l’autre à l’usage du moral des troupes. Trouverons-nous un tire-bouchon ? Certains se souviennent encore de la lutte acharnée que dût mener Christian à mains (presque) nues à West Yellowstone contre un Château du même nom, mais dont il sortit vainqueur ! Aucun tire-bouchon n’avait  jamais pénétré dans ce restaurant où nous dînions, et notre demande avait semblé si incongrue à la « maid » dépassée, qu’elle l’avait un instant plongée dans un abîme de perplexité. Après avoir confié mes trésors liquides et les autres (eaux de toilette et savonnettes YSL) à Air France, faisons un vœu pour que le tout arrive en bon état !

Nous avons le temps de casser une petite graine avant le départ, et une photo avec la Hardy03_Hardy_Family___H_l_ne family et Hélène immortalisera l’instant. Une heure et un déjeuner au Bistrot des Halles plus tard, le moment des adieux mouillés est arrivé. Je fais sonner la machine avec ma prothèse, mais n’oublie rien au point de contrôle (re-voyage en Louisiane pour les initiés).

02_BrrrNous voyagerons sur un Boeing 777-200 d’Air-France. Notre vol est « delayé » de 10 mn, qui feront une heure bon poids quand le camion de Servair restauration aura fini sa livraison. Le pilote a-t-il pensé à faire le plein ? Les écrous des roues sont-ils bien serrés ? Questions d’actualité, même si elles sont de mauvais goût. Le film des conseils en cas de crash ou de naufrage est si haché que le fou rire nous saisit et les malheureux stewards qui prennent le relais doivent faire les guignols devant un public qui en a vu d’autres.

Cinq films au choix sont au programme, mais « quid » du mode d’emploi du programmateur ? Maïté a choisi l’option « langue 1 » croyant qu’Air-France parlait français... Que nenni point ! Le parcours du combattant commence alors pour faire coïncider l’image et le son, visiblement décalés. Les bitonios d’oreille ne tiennent pas... mon écran est HS, je décide alors de commencer la rédaction de ces présents « états d’âme », d’autant plus qu’Alice veille au grain, et me menace, comme toujours, des pires sanctions si mes devoirs ne sont pas rendus à temps ! Le champagne aidant, Maïté et moi-même (mais nous ne sommes pas les seules) baignons dans une douce euphorie... mais qui pour autant ne nous donne pas la clé pour ouvrir les programmes offerts ! La bouteille de champ’ récupérée sera-t-elle lancée à la mer ? « Yes » a dit le boss Number One.

Wait and see, dit la sagesse populaire.

Le maniement délicat du screen et de la télécommande nous demandera une bonne heure, mais nous avons fini par maîtriser la bête... enfin... presque ! Christian a trouvé un « jeu con » où il gagne à tous les coups : style bandit manchot de Las Vegas, il suffit d’aligner 3 figurines de valeurs diverses. Visiblement, ce n’est pas mon jour. Alain, lui, a été le plus fort à ce jeu-là, battant le chef avec un manque de psychologie consternant. En passant, nous tutoyons l’Islande, joliment drapée d’une résille bleue et verte.

Le soleil est encore très au-dessus de l’horizon lorsque, 7.100 km et 7. 30 h plus tard, l’avion se pose à Atlanta, non sans avoir « flotté » un instant. Le chien renifleur des Services du Ministère de l’Agriculture me choisit pour cible, négligeant cette fois Nini et les trésors de son sac. Nous ne sommes pas dans la partie de l’aéroport où nous avions passé plusieurs heures il y a quelques années, car les boutiques « Autant en emporte le Vent » qui faisaient florès dans les halls sont absentes de notre horizon.

Tous les bagages enfin récupérés, les formalités de douane expédiées, il s’agit de faire fissa pour sauter dans le métro attraper le vol de Greesboro... Mais les panneaux d’affichages sont formels, notre avion est canceled, et nous devrons attendre le prochain, sans pouvoir même rendre visite à Rhett et Scarlett. Mais nous avons tout notre temps pour envoyer Jean-Claude et Charles faire un tour à Boston acheter des sandwiches au homard (les initiés comprendront).

« La nuit a fini par tomber », fait remarquer Rémi avec à-propos. C’est vrai que la journée a été longue, et elle n’est pas finie ! Il est chez nous 2.45 h du matin, et nous devons encore attendre une heure. « Charles est bien, il est faisant comme aurait dit ma grand-mère » déclare Christian, « Il vaut mieux être faisan que faisandé » ajoute sentencieusement Serge. Au passage, nous apprenons qu’hier, Rémi a dû se faire ouvrir en urgence un furoncle (un big one) dans la partie charnue de sa personne. Après quelques inquiétudes, il a pu obtenir le feu vert pour le départ sous réserve que la série de piqûres se poursuive.

La voix incroyablement aigre de l’hôtesse annonce l’arrivée à Greensboro vers 11 h. Le pilote aborde la ville avec une lenteur si mesurée qu’une béotienne de mon espèce l’assimile à la perte de vitesse... Mais non, le sol monte tout doucement, et le contact se fait comme une caresse.

Buddy est en avant-garde, et chacun retrouve « sa » famille. Bill s’avance vers moi, dit que Mae est « par-là ». On me demande comment va ma hanche : chacun, ou presque, m’a écrit lorsque j’ai été opérée, et mon courrier de ministre à destination des USA avait surpris le personnel de la maison de repos.

03_Mae___BillUn sac cadeau à notre nom, noué d’un bandana Wrangler rouge pour les ladies, Navy blue pour les gentlemen, contient des cadeaux divers dont nous ferons plus tard l’inventaire. Le tapis roulant s’est arrêté, et nous trouvons le temps long... si long... Ma « p’tite Ellen » venue pour moi de Charlotte est accompagnée d’un Colombien beau comme un dieu, qu’elle héberge, et auquel Solange est bien décidée à faire du gringue. Et si nous étions deux sur l’affaire ?

Le tapis s’est remis en route et chacun attrape au vol des bagages visiblement malmenés. Mon sac blessé laisse craindre le pire pour son contenu en flacons. Buddy, qui m’a entendue, dit pour me consoler qu’il a rapporté intactes l’an dernier 33 bouteilles de vins de France. Acceptons-en l’augure !

005_Licence_plate_SCAutour de l’aéroport et partout ailleurs, de grands panneaux proclament «  God bless America » (Dieu bénisse l’Amérique). Ce pays et son peuple sont atteints jusqu’au fond de l’âme... Nous voici enfin sur la route des boondocks, mot slang équivalent de notre cambrousse, qu’utilise Bill avec malice, mais que réprouve Mae, manifestement.

Stonehedge Road : la maison est belle, confortable, pimpante, mais il est plus d’1 h du matin (7 h chez nous !), et je n’ai qu’un objectif : dormir ! ! !

Une odeur douceâtre confirme mes craintes : une bouteille de « Château Marchesseau » a explosé, malgré les protections. Les dégâts sont limités car l’étanchéité du plastique a été parfaite. Nous verrons ça plus tard, car, comme le dit ma copine Scarlet O’Hara : « To-morrow is another day » (demain est un autre jour).