Mardi 10 août 2010

Il faut bien rentrer à la maison après ce long périple, et enfin, nous allons aujourd'hui boucler ce tour du monde, avant d'autres aventures. Vous me suivez ?

47 Hong Kong avec Kathy et Serina

Lundi 9 novembre 2009

DSCN4870Hier soir, les valises des partants ont été placées à la porte de chaque cabine, avec les étiquettes de couleurs diverses attribuées selon l’heure d’embarquement des avions de destination. Nous les retrouverons à l’aéroport sous bonne garde. J’ai pu boucler ma valise sans avoir à m’asseoir dessus, car des fermetures à glissière lui permettent une géométrie variable et une capacité accrue.

Monique la Québécoise, qui continue sur l’Australie et la Nouvelle Zélande, vient m’apporter sa carte avec ses coordonnées que je glisse dans la poche de mon blouson, avec celle de Mimi et Dore et quelques autres… Dans mon sac à dos, j’ai glissé mon ordinateur et dans mon sac de cabine, j’ai tout le reste, appareils photo, trousse de toilette, ma bourse, les lunettes de rechange, bref, toutes les choses inutiles et indispensables que l’on traîne quotidiennement. J’ai en outre le très grand chapeau de pêcheur de Hong Kong et celui conique et plus petit du Viet Nam ; ils sont dans un sac plastique noué, légers, mais encombrants. Nos passeports nous ont été rendus, revêtus des précieux tampons qui rappelleront nos escales.

DSCN6488DSCN6495Joyce est venue aux nouvelles et nous nous retrouverons au gangway avant 9.00 h. Elle quitte le navire par la navette à 9.15 h et moi par le dernier bus, celui de 10.00 h. Ho et Giap les Vietnamiens sont là aussi et partent avec Joyce. Nous nous étreignons une dernière fois et je me retrouve parmi les ultimes « débarqués ». Au passage, j’admire l’organisation parfaite avec laquelle tout est cadré au plus serré : aucun désordre, nul stress, tout se passe en douceur et dans la décontraction.

DSCN6493DSCN6496Le bus ne démarre qu’après que la liste des passagers a été vérifiée, et Hong Kong déroule pour moi une dernière fois ses façades colorées et celles de ses magasins de luxe. Les hautes tours aux multiples étages donnent le vertige.

Le nouvel aéroport de Shenzen sur les Nouveaux Territoires, est l’un des plus réputés au monde pour la qualité de ses infrastructures (ça c’est ce que disent les Hongkonguais), mais il est tellement moins pittoresque que l’ancien, situé en pleine ville de Kowloon ! Hong Kong est une île, ne l’oubliez pas, et Kowloon est sur le continent. Il y a vingt ans, confinés dans notre hôtel à cause d’un typhon qui risquait de faire s’écraser sur les trottoirs les enseignes lumineuses, depuis notre chambre, nous avions pu observer l’aéroport de l’époque, situé juste en face de l’autre côté du bras de mer… car le spectacle en valait la peine ! Malgré les rafales, des avions parvenaient à se poser après avoir rasé les immeubles environnants, et si certains semblaient garder leur trajectoire, deux au moins étaient arrivés en crabe… mais sans dommages apparents.

DSCN6503DSCN6507Un pont suspendu permet de franchir le bras de mer et Hong Kong est derrière moi… Dernier regard sur la haute mer, et nos bagages sont là ; sous un filet. Une dernière vérification afin que chaque voyageur ne prenne que ce qui lui appartient, et le rôle de la Holland America Line s’arrête là…

Kathy et Serina ne seront pas là avant 13.00 h. DSCN6512DSCN6515J’ai tout le temps de me mettre en quête des chaussettes de soie pour mes hommes de la famille… Hélas ! je peux leur rapporter des parfums de luxe (français pour la plupart) des vins (idem) des chemises, des babioles où l’effigie de Mao voisine avec celle d’un  magot hilare, mais point de soie, hormis des cravates… Je n’ai même pas retrouvé les pittoresques pipes à eau que nous trouvions pour 2 F français il y a 20 ans ! Il n’y a quasiment pas de soie ici : c’est l’apanage de Shanghai, il faut bien l’admettre. J’aime observer le ballet des voyageurs pressés dont les vêtements dénoncent leurs origines, sont confirmées par le panneau de destination vers lequel ils se dirigent. Absorbée par ce qui m’entoure, je n’ai pas vu arriver mes « filles » chinoises. Kathy est venue sans William qui travaille, mais Serina a finalement obtenu la permission de s’absenter : elle compensera durant la semaine. Kathy ne semble pas avoir eu autant de difficultés, mais son amie est devenue cadre de banque avec un poste important. Son français est hésitant, elle ne le pratique plus, tandis que Kathy a gardé l’habitude de m’écrire de temps en temps.

Serina n’a pas fait corriger l’alignement chaotique de ses dents, mais elle a embelli, et paraît s’être dégagée de l’autorité de Kathy, qu’elle laissait passivement conduire leur duo du temps où elles vivaient chez moi. Elle est ravie que je lui rapporte la carte mémoire de son appareil photo oubliée en 2003 avec toutes les images prises de leur voyage en Europe. Je n’ai pu en identifier la propriétaire que récemment, lorsque j’ai eu un lecteur de cartes… et plutôt que de l’expédier, nous étions convenues que je la lui rapporterais à  Hong Kong.

DSCN6516DSCN6522Ce sont elles qui choisiront le restaurant et le menu du déjeuner... Bien entendu, je n’ai pas tardé à sortir l’enveloppe rouge du moine du temple de Zhujiajiao et je suis impatiente d’en avoir la traduction.

« Ma famille est riche et mes enfants deviendront célèbres. Tout va bien pour tout le monde qui est en bonne santé. Mon avenir est radieux »

Je me suis bien fait avoir… C’est pire que je le pensais !

DSCN6526DSCN6527La cuisine chinoise est délicieuse, goûteuse, pas grasse, et le thé brûlant est versé à volonté par le serveur attentif à ne pas laisser les tasses vides.

Kathy parle beaucoup de William et de leurs projets de mariage, mais une chose la tracasse : elle a acheté un appartement pour ses parents qui jusqu’ici vivent dans un logement insalubre mais pas cher, mais d’où elle DSCN6530DSCN6532veut les faire partir. Si elle épouse William, il en deviendra propriétaire pour moitié et pourrait exiger que ses propres parents y vivent également. La loi chinoise est ainsi faite ; elle demande comment cela se passe en France, et je lui explique que, même sans contrat, chacun garde la propriété de ce qu’il possède avant le mariage, tout comme de ce dont il hérite. Rappelons-nous que, il n’y a pas si longtemps, chez nous, le mari était le gestionnaire exclusif des biens de l’épouse…

Nous sommes restées longtemps à bavarder à table, sans que quiconque nous demande de la libérer. Un pousse-pousse décore l’entrée des toilettes…

Un dernier signe avant de passer le portique… Nous reverrons-nous un jour ?

48 Hong Kong - Qatar

Lundi 9 novembre 2009

J’ai pu les voir me faire signe un long moment avant d’être happée par la foule et de passer les contrôles. J’ai oublié d’enlever de ma trousse de toilette les petits ciseaux à ongles courbés avec lesquels j’aurais pu faire passer les pilotes de vie à trépas, et qui finissent au panier. Car TOUT a été ouvert, examiné, vérifié, chaque endroit de mon blouson et de ma veste multi poches, fouillé, et j’ai enfin le droit de partir, ayant fait la preuve que je suis clean.

J’ai plusieurs heures à perdre dans cet immense hypermarché de la zone duty free qui s’étend sur trois niveaux, mais là non plus, pas de chaussettes de soie… Je dois me souvenir que je suis loin, très loin de Shanghai : à peu près la distance entre Lille et Madrid, et c’est comme si je cherchais du maroilles à Madrid et des tapas ou des tortillas à Lille. Encore que… les restaurants à tapas ont fleuri un peu partout en Gaule.

J'ai retrouvé dans la file d'attente de Qatar Airways le couple de joailliers londoniens d'origine indienne avec lequel j'avais dîné, et qui m'avait précédée au temple de Zhujiajiao. Nous bavardons au sujet du "don" à faire, eux semblent avoir été généreux... plus que moi en tout cas !

Ma place est tout au fond de l’avion, et j’ai pu caser dans le coffre mon sac de cabine et les chapeaux, gardant l’ordi à portée de main, mais le nez à la fenêtre puisque j’ai pu obtenir un hublot. J’en ai pris plein les yeux, mais je n’en ai aucune photo,  toutes étant surexposées. Hong Kong dans son habit de lumière n’a pas tardé à disparaître… Les publicités à l'écran commencent par du whisky irlandais... Tous les films proposés peuvent être écoutés dans la langue de notre choix.

DSCN6544…De longues heures plus tard, l’avion a amorcé sa descente vers Qatar, petite tache de lumière dans le noir du désert. Les passagers sont invités à sortir par l’arrière, et passent donc un à un devant moi, qui descendrai la passerelle bonne dernière avec le « crew » qui m’aidera gentiment, me voyant encombrée de mes sacs… et des chapeaux !

Le bus traverse le tarmac dans la touffeur d’une chaleur épaisse et nous dépose dans un hall frais, où s’allongent plusieurs files de voyageurs qui doivent passer au portique électronique. Lorsque arrive mon tour, j’ai, ainsi qu’à chaque fois, réveillé la sonnerie du contrôle et subis sans ménagements un « palpage » d’une femme en uniforme. Mon sac est vidé en totalité sur une table, mon appareil photo tombe à mes pieds, ma trousse de toilette est ouverte et vidée, et chaque objet examiné par un policier pointilleux et moustachu au regard dur… Sans un mot, il me tend mon passeport et passe au voyageur suivant, me laissant le soin de remettre tout en place. Là, je commence à ressentir la fatigue… non !.. l’épuisement de cette journée. J’ai envie de pleurer tant je me sens humiliée d’avoir été prise pour une terroriste en puissance, et ce d’autant plus que le contrôle à Hong Kong avait été sérieux.

Ce n’est que bien après, dans l’énorme salle « duty free » où tout est à vendre : trois modèles de voitures européennes sont exposées (j’ai oublié la marque), des bijoux, or et diamants, des vêtements de couturiers français (Chanel) que je réalise que mon blouson blanc est resté au contrôle de police, où il n’y a plus personne lorsque j’y retourne. Mais un policier anglophone me dirige vers un bureau où je fais part de mon oubli, convaincue de revoir mon vêtement déposé là…

Lorsque j’y retourne après plus d’une heure de « recherches », la préposée annonce que le blouson est introuvable, qu’il a sûrement été pris par un autre passager. Je pense immédiatement aux adresses glissées dans la poche et qui sont perdues à tout jamais. Un doute me taraude : je reste persuadée que le blouson a glissé derrière la table où mon sac a été vidé, puisqu’il ne restait rien de visible quand je l’ai refait. Les policiers qatarais(riens) seraient-ils si mal payés qu’ils prélèveraient une dîme lorsque l’occasion se présente ?

Allah est grrrand…

49 Qatar - Paris - Nantes

Mardi 10 novembre 2009

L’hôtesse vient me confirmer que mon blouson n’a pas été retrouvé et qu’il  a probablement été emporté par un autre voyageur. Mon œil ! Je tiens beaucoup plus aux cartes qui sont dans la poche gauche du vêtement qu’à celui-ci, mais je suis néanmoins furieuse de la tournure des événements.

Comme sur le précédent vol, les publicités pour les alcools et divers whiskies me paraissent  incongrues. Comment un pays musulman aussi rigoriste peut-il vanter les mérites (si j’ose dire) d’un breuvage interdit par le Coran ? En fait, ce n’est pas l’alcool qui serait interdit, mais l’ivresse… donc, un p’tit gorgeon en passant est toléré !

Paris dans le petit matin blême est tristounet, mais je suis heureuse d’être revenue en meilleure forme qu’au départ : mon mal de dos n’est qu’un souvenir à oublier, et j’ai tant d’images à revoir et à classer.

Je suis attendue par une Florence souriante et égale à elle-même qui me parle de ce qui s’est passé chez nous depuis le 20 septembre, jour de mon départ. Je ne sais rien depuis ce temps : deux articles seulement concernant la France ont été sélectionnés dans le digest du New York Times qui m’était livré chaque matin :

1.      la mise en surveillance électronique de Roman Polanski (considéré comme cinéaste français)

2.      le décès de Claude Lévy-Strauss, qui a eu l’honneur d’un long article

Je ne sais rien d’autre, mais j’ai tout mon temps pour me réinitialiser !

Qui aurait pu prédire dans ma jeunesse que je vivrais une telle aventure, lorsque je rédigeais cette « rédac » qui m’a accompagnée tout au long de celle-ci ? En aucun cas, je n’aurais osé y croire.