Mardi 3 novembre 2009

Grrrrrrrrrr… le téléphone grésille et je n’ai pas envie de me lever. Mais les formalités d’entrée en Chine vont demander beaucoup de temps.

Le vent frais nous rappelle que nous sommes en novembre, et qu’à Pékin, il a neigé. Dans le DSCN6035DSCN5929terminal ultra moderne en marbre poli, chacun se présente individuellement devant un employé qui accorde ou non le feu vert. Joyce qui me précède est refoulée, alors que je pensais faire déclencher la sonnerie comme toujours… J’attends la suite des événements derrière le bureau en observant l’écran. Des carrés verts ou orange apparaissent devant la silhouette et je comprends vite qu’il s’agit de détecteurs de chaleur qui dénoncent ceux qui ont peu ou prou de fièvre. La photo que je prends en douce est mauvaise, mais j’ai tenu à être discrète pour ne pas risquer des ennuis… Joyce est revenue après qu’on lui a pris sa température dans la bouche et sondé le nez.

Une note nous a prévenus hier que la visite du campus universitaire est annulée, le virus H1N1DSCN5931 y est présent…

DSCN6027Notre groupe 11 a Richie pour guide, un sémillant jeune homme aux montures de lunettes blanches, qui visiblement débute dans la profession. Xiamen est une ville très importante qui élève ses tours modernes entre le bord de mer et un lac d’eau douce. Le but de la visite de ce matin est l’île de Gulangyu et de pittoresques ferries aux décors tarabiscotés relient en vingt minutes la ville à l’île qui, visiblement, est devenue principalement un lieu de loisirs.

DSCN5939Nous sommes rassemblés sous un arbre et Richie parle de sa ville,DSCN5944 mais je ne l’écoute plus, je n’ai pas assez dormi, je resserre mon blouson autour de moi… et je m’ennuie. Puis le guide qui a fini ses explications se tait et nous attendons… Quoi ? Personne ne le sait. Je vais m’asseoir un peu plus loin pour observer à l’aise la foule nombreuse. Serait-ce un jour férié pour les Chinois ? Richie à qui j’ai posé la question dit que c’est ainsi tous les jours : il y a beaucoup de visiteurs…

Cela fait plus d’une demi-heure que nous sommes à nous geler lorsque l’explication arrive.DSCN5950  DSCN5947Des véhicules électriques vont nous emmener en balade autour de l’île, dont les parties « industrielles » sont dissimulées au regard par les clôtures illustrées de photos de la nouvelle Chine. Un parc abrite des séries de statues de héros soldats, mais d’autres évoquent des sports et des métiers. De part en part, des panneaux annoncent « toilettes », mais on les sent venir de loin. Au moins sur ce point, la Chine guère changé depuis 20 ans !

DSCN5966Nous voici regroupés près de la plage où des jeunes tout habillés s’en donnent à cœur joie, jouant à éviter les vagues avec plus ou moins de bonheur ; mais personne ne se baigne en ce matin un peu frisquet. Ce n’est peut-être pas entré dans les mœurs des Chinois ? Un long moment d’attente avant de pénétrer dans le musée du mobilier où j’admire la finesse des frises de lit ciselées dans du bois qui a traversé le temps. Les photos sont hélas, interdites. 

Une collection de pianos venus de tous les horizons est au programme, mais il y a beaucoup de marches à gravir et je choisis de rester observer autour de moi les passants : pas de faDSCN5967milles, très peu d’enfants en ce lieu aujourd’hui.

DSCN5971L’hôtel où va être servi le lunch est en haut de 32 marches que beaucoup auront du mal à monter, mais les toilettes occidentales sont étincelantes. A table, le plateau tournant est une astuce agréable, mais certains parviennent à stopper la progression de leur plat favori : ainsi, lorsque les crevettes arrivent à ma hauteur, il reste beaucoup plus de persil que de crevettes pour nous, les trois dernières convives… La voisine de Joyce n’en prend qu’une, en laissant deux dans le plat qui est aussitôt saisi et vidé par le goujat d’en face, celui qui s’était déjà largement servi !

Ma bonne dame, faut de tout pour faire un monde ! dit la sagesse populaire.

DSCN5973Une fois de plus, sortis de l’hôtel, nous attendons… Je m’assieds au soleil et regarde les jeunes qui ont tellement changé ! Mao ne reconnaîtrait plus ses filles ! Talons hauts, chevelure teinte et ondulée, mini jupe, joliment fardées, elles sont souvent jolies, élégantes et décontractées, alors que les garçons, hormis les photographes de mode, sont plus classiques, même si leurs cheveux acajou leur donnent la fantaisie qui manque à leur tenue.DSCN5978

Nous démarrons enfin pour une visite à pied de la rue commerçante où DSCN5977Coca Cola est bien représenté. Poissons séchés à même le trottoir, quasiment sous les pieds des passants, mais plus loin, des saumons sont soigneusement enveloppés de plastique avec des étiquettes dorées. Du luxe, de toute évidence ! Des confiseries et sucreries douceâtres dont raffolent les Chinois sont proposées en boîtes multicolores aux motifs orientaux. Est-ce une épicerie qui montre des choses séchées, mais qui, néanmoins, doivent être rafraîchies ou mises à l’abri des mouches ? Des ventilateurs font DSCN5987tourner un fil jaune au-dessus des aliments…

Un couple de mariés assis sur une fontaine est en séance photo : elle n’estP1010030 pas en blanc, mais sa robe rose pâle est recouverte de dentelle ardoise. Le photographe (hirsute et acajou) évitera de montrer le chantier d’à côté, mais ne fait rien pour faire cesser le passage de la foule. L’église derrière eux est-elle catholique ou protestante ?

La promenade se poursuit par les quartiers chics de l’île, qui abritaient les consulats au temps de la mainmise P1010031DSCN5992européenne au début de l’autre siècle. Ils sont devenus des hôtels. Je me repose à toutes les fois que j’en ai l’occasion. J’ai cessé depuis un moment de m’intéresser à ce que dit Richie, dont l’anglais ponctué d’accent chinois et le micro capricieux ne se font comprendre que par intermittence. Peut-être aussi suis-je arrivée àDSCN5996 DSCN5995saturation de chinoiseries ? Je saisis au vol des images : du linge qui sèche, la marchande de fruits et ses paniers à balanciers…

Sur une placette, une demoiselle d’honneur pose dans une robe volantée et festonnée que même Scarlett O’Hara aurait trouvée ringarde…

Nous voici enfin revenus au lieu d’embarquement du ferry, mais il faut encore attendre… Ici au moins, il y a du spectacle ! Plusieurs couples de mariés attendent… eux aussi, mais cette fois, ce sont des « vrais » ! Elles sont six, les petites mariées frigorifiées qui ont passé des DSCN5998vestes de jogging sur leurs épaules, en attendant leur tour devant le photographe .DSCN6005 Cette heure de marche à déambuler lentement dans la foule dense m’a épuisée. Je n’ai qu’une envie : rentrer au bateau et dormir tout mon saoul !

Trois quinquagénaires Argentins, visiblement des célibataires en goguette, font partie des passagers depuis Hong Kong. Ils font bande à part, n’embêtent personne, mais amusent la galerie. Visiblement, ils n'ont fait cette croisière que pour prendre du bon temps entre potes. Sur le ferry, l’un d’eux s’assied à côté de moi en me parlant l’anglais de Buenos Aires… J’ai déjà tant de mal avec celui du Texas, malgré une longue habitude ! Et je ne vous parle pas des Australiens ! Je sais depuis hier que les Américains et Néo-Zélandais entendent mal l’anglais que parle le captain Pieter Viesser, Hollandais de Rotterdam.

Le bus retrouvé, je décide de faire l’impasse sur la visite d’un temple et  reste dans le bus, que le chauffeur n’a pas quitté après l'avoir garé. Ce qui me permet de profiter largement des effets sonores de ce dernier, qui rote bruyamment, et crache après s’être longuement raclé la gorge. Il semble que cette habitude ait quasiment disparu en Chine : c’est la seconde personne que j’entends cracher au cours de ce voyage, bien qu’en certains endroits, les crachoirs restent à la disposition des passants.

J’ai fini par m’assoupir…

DSCN6014Xiamen a trouvé une astuce pour atténuer les méfaits du trafic urbain :P1010045 un réseau de ponts au-dessus de la mer, qui n’ont pas (trop) défiguré les plages !

Pendant que le bus revenait au point de rendez-vous, des monks (moines) en tenue jaune étaient dans la rue, mais trop endormie, je n’ai pu ouvrir à temps mon Nikon pour les plus photogéniques. Un mendiant souriant aux jambes squelettiques tendait sa sébile à l’indifférence des passants. « Si je le vois plus tard, je lui laisserai les quelques yuans dont je ne ferai rien » me suis-je dit. Des mendiants (des vieux et vieilles) on en a vu trois à quatre par jour. Tout n’est pas rose (rouge) en DSCN6020ce pays.

P1010026Pour compenser la visite annulée du campus de l’Université, une balade le long des plages bordées de palmiers nous permettra de voir non seulement des hôtels de luxe pour visiteurs nantis, dont les jardins débordent de bougainvillées, mais aussi de somptueuses demeures en bordure de mer, preuve que la société, ici comme ailleurs, est à vitesse multiple !

Nous sommes passés au trombinoscope par les autorités de Xiamen, soucieuses que nul d’entre nous n’ait choisi d’y rester, avons passé le sas électronique du bateau, rendu les passeports… Tout est OK !

Douche et jacuzzi pendant un quart d’heure…

Je n’existe plus pour personne ce soir… Je vais dormir !

J’ai vaguement entendu Agus venu comme chaque soir élargir mon petit zoo, mais il a juste déposé le programme du lendemain avant de se retirer…