La Bourlingueuse

Carnets de voyages

31 octobre 2009

Je vais devoir aller chanter pour payer Internet 1

J en suis a 330 dollars depuis le debut, et j ai l impression d avoir passe mon temps a refaire cent fois des messages qui disparaissaient mysterieusement.

Nous sommes deroutes par un troisieme typhon...

Je vous retrouve bientot

Gwen

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25 octobre 2009

Ya aussi Hong Kong !

Arrives un jour plus tot a Hong Kong pour eviter un autre typhon qui menacait Taiwan et qui est finale;ent alle ailleurs, je vais aller faire un tour en ville comme une grande tandis que Joyce joue au bridge

J ai recu ce matin un diplome signe du Pacha qui qtteste que j ai realise grace au Volendam un tour du monde commence il y a vingt ans ! C est une des jeunes femmes du front desk a qui j avqis dit au a Shanghai je bouclerais mon tour, et qui m a telephone hier soir me dire qu elle avait pour moi une bonne nouvelle

Quelle surprise ! C est son initiative, pas la mienne...

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24 octobre 2009

Jeudi 22 octobre

Lorsque j’arrive à la piscine vers 11.15 h Esher est déjà là, éparpillant sur des tables serviettes, livre, magazine, sacs, pour laisser croire aux serveurs que les occupants sont à l’eau. Nous rapprocherons les tables au moment opportun à mesure que les convives francophones arriveront. Esther est très intéressante et chacune de nous apprend à l’autre des expressions de son pays. Nelson son mari, puis Claude et enfin Ho et Giap, prennent place. Arrivent Anne-Marie et Samy, Monique et Michèle, mère et filles du Québec et Jean-Paul le pianiste du piano-bar, venu du Brunswick, et que je n’avais jusqu’alors qu’aperçu à son clavier en passant…

Ce dernier personnage ne donne pas dans la dentelle ! C’est un « grand format » tonitruant et rieur qui, dans de grands gestes, raconte ses histoires avec son savoureux accent québécois, et Samy lui donne la réplique avec brio. Pas facile pour nos Vietnamiens si discrets et un peu dépassés, d’autant plus que d’autres tablées célèbrent bruyamment un événement dans de grands cris et applaudissements… Le haut-parleur du bord donne des instructions que personne n’écoute, au sujet des formalités d’immigration puisque nous approchons du Japon et de l’île d’Okinawa.

Ce n’est peut-être pas une si bonne idée, le pont de la piscine et des jacuzzis… Je me suis assise près de Ho qui soudain, me demande si je me souviens de « Maréchal, nous voilà ! » que chaque écolier devait apprendre et chanter durant l’Occupation. Oh oui ! et j’en connais encore toutes les paroles… De son sac, elle sort papier, pointe Bic et me les tend. Elle ne comprend pas le mot « gars » ni « la France enivrée ». Née et ayant grandi en Indochine, comme tant d’autres élèves de l’Empire français, elle a appris qu’elle avait pour ancêtres… les Gaulois ! et aussi,  comme moi, elle a chanté l’ode au Maréchal Pétain.

Je sais qu’elle préfèrerait me parler de bouddhisme parce que je lui avais posé quelques questions au sujet des Japonais qui sont à la fois shinto et bouddhistes. Chacun est allé se servir au buffet dans la plus grande décontraction, et, de l’autre côté de la table, on plaisante dans de grands rires auxquels j’aimerais me mêler.

Bientôt nous ne sommes plus que six autour de la table et Anne Marie raconte leur traversée du désert du Sahara de l’Algérie jusqu’au Niger en camping-car il y a vingt cinq ans ; leur étonnement d’être abordés de nuit par des Touaregs dont ils ne soupçonnaient pas la présence, la magie des ciels étoilés… Jean-Paul parle de musique, de la grande qualité des pianos du bord, Steinway et plusieurs Yamaha… Nelson dit que la législation canadienne est scindée de telle façon que plusieurs services s’empêchent mutuellement de fonctionner. Ainsi une voiture volée sur le quai du port de Montréal peut-être embarquée plusieurs semaines avant que lesdits services ne commencent l’enquête. Et qu’un petit malin en avait fait un vrai business allant jusqu’à voler 8 voitures par jour avant d’être enfin arrêté !

Qui a parlé du décès d’une passagère à Shanghai ?

Je dois aller chercher mon ordinateur dans ma cabine pour essayer de gagner du temps au Cybercafé. Ma fiche Wi fi fonctionne bien ici, pas dans ma cabine mais Explorer refuse de me connecter à Google. Même Kimberley (la gourou informatique du lieu, celle qui ouvre les tiroirs pour brancher les clés USB) n’y parvient pas. Je vais donc devoir reprendre la galère du clavier qwerty et les manips hasardeuses et gourmandes en minutes qui vont vider mon crédit.

Si un mail à ma fille Corail est passé avec les quelques fichiers joints de ces derniers jours, les deux autres à mes enfants n’ont pu passer, l’interruption inopinée de la connexion me fait comprendre que nous sommes entrés dans les eaux territoriales japonaises. Et j’ai dépensé 58 minutes sur les 60 qu’il me restait ! La galère, j’vous dis… Le casino se vide pour les mêmes raisons. L’interdiction du Japon.

La flûtiste de ce soir est une virtuose qui a parcouru le monde avant de se poser à Salzbourg en hommage à Amadeus. Mais elle a mis aussi à son programme des fantaisies qui vont de l’ouverture du Mariage de Figaro à La Panthère Rose !

Ce soir a lieu le Master Chief’s Dinner dans la plus débridée des ambiances : chacun se voit coiffé d’une toque de chef et le personnel des cuisines et les serveurs défilent bruyamment en faisant tourner les serviettes et que d’autres tapent sur des casseroles avec des cuillers de bois.  Joy et Mark sont un couple qui vient d’Australie (et y retourne puisque le bateau vient de Vancouver après l’Alaska et filera vers la Nouvelle Zélande et l’Australie après notre débarquement). Ils confirment que leur pays est peuplé de moins d’habitants que Shanghai, et Joyce m’apprend que c’est aussi la population du Texas : 20 millions !

Un tour en passant au piano-bar nous faire jouer les airs de notre jeunesse par Jean-Paul, installé derrière son demi-queue Yamaha, et il n’est pris de cours à aucun moment : il a en mémoire des quantités de mélodies et de chansons populaires… Lorsque, pour Joyce, il entame « Yellow Roses du Texas », elle va danser seule sur la piste déserte. En France, nous la connaissons aussi :

Je m’en vais revoir ma blonde

Je vais revoir ma mie

Puisqu’on dit à la ronde

Que la guerre est finie…

J’ai oublié le reste… et Jean-Paul ne connaît pas ces paroles françaises.

Demain nous serons au Japon et mon zoo personnel ne s’est pas enrichi ce soir d’un autre petit animal… Agus a dû être requis pour le dîner en fanfare qui a occupé tant de monde.

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22 octobre 2009

Mercredi 21 octobre

Nous allons aujourd’hui prendre le train magnétique à grande vitesse qui atteint 430 kmh et relie la gare de Shanghai à son aéroport de Pudong. Notre guide est pour la première fois un homme, et il s’est donné beaucoup de mal pour nous convaincre que Mao était toujours le meilleur.

La Révolution

culturelle ? Uniquement la faute de Madame Mao qui est responsable du vandalisme des Gardes rouges et qui persécutait son mari. Aucune allusion à la révolte des étudiants en

1989. A

ma question : pourquoi n’a-t-on vu aucune statue de Mao alors qu’il y a vingt ans, elles étaient partout ? il promet de répondre plus tard. Nous sommes dans des embouteillages monstrueux, et il raconte… à sa façon, la corruption capitaliste face à la probité socialiste. C’est un pur et dur… laissons-le dans son rêve, que ne partagent plus tant de ses concitoyens que l’on encourage désormais à s’enrichir.

La gare ultramoderne, est-il besoin de le préciser ? affiche en haut de l’escalator une publicité pour le magazine ELLE qui me surprend tout de même un peu au pays de Mao. Nous prenons une sorte de green file qui nous fait arriver sur le quai après avoir passé sous le portique et passé les sacs au détecteur. Il y a une file VIP et une autre economic class… On ne mélange pas torchons et serviettes.

Il y a un train en gare, qui part sans nous.

Après un temps d’attente raisonnable, un homme casquetté en uniforme galonné fait signe au public (notre  groupe de touristes) de reculer et un autre train arrive sur l’autre voie. Au début, aucune impression de vitesse, dont nous pouvons suivre la progression sur un cadran. Nul besoin de ceinture de sécurité, les voitures sont stables, comme le sont celles de notre TGV. Il faut bien réaliser que la vitesse dépasse bientôt les 300 kmh, jusqu’à atteindre 431 en quelques minutes. Un court instant, le challenge est atteint et la décélération commence, puisque le trajet est de quelques km seulement (15 à moins de 20, j’ai oublié…)

Je n’ai pas voulu jouer les rabat-joie en parlant de notre TGV qui va encore plus vite, dans des tentatives de record réussi, il est vrai !

Tout le monde a apprécié cette étonnante expérience, et ma vidéo est bonne. J’ai cru comprendre que la technologie était allemande.

Comment faire la différence entre un immeuble d’habitations et des bureaux ? Simple ! Du linge sèche aux balcons et fenêtres… et cependant 50 % et plus de la population possède machine à laver et sèche-linge. Mais les familles préfèrent faire sécher le linge au soleil et réservent le sèche-linge pour l’hiver ou les jours de pluie. CQFD… Ca c’est la version selon notre guide dont le nez s’est allongé.

La tour Mao serait l’une des plus hautes d’Asie, mais est-ce l’effet de parallaxe qui la fait paraître moins haute que sa voisine ? Oui sans doute, sinon c’est l’autre qui porterait le nom du Grand Timonier ! L’ascenseur nous emporte à

430 m

en quelques instants (enfoncé, Gustave Eiffel !) et nous pourrions voir loin… si la brume ne limitait le regard. Est-ce la pollution de la mégalopole de 20 millions d’habitants, plus que l’Australie ? Notre Volendam est juste au-dessous, de l’autre côté de la rivière… J’ai posté quelques cartes postales que j’avais dans mon sac dans ce qui serait la boîte à lettres la plus haute de Chine. Je suppose qu’on ne tient pas compte des boîtes de montagne…

Le show de Jeff Bradley le gagnant Award des comédiens de variétés a été un petit bijou de fantaisie et de dextérité.

Le dîner nous a fait rencontrer Betty et Tommy du New Jersey. Tommy a servi dans l’Air Force et a passé trois ans en Allemagne, mais ne connaît pas

la France.

Le bateau quitte Shanghai à 10 h ce soir, et une fête est organisée sur le deck 8 pour voir la ville illuminée dans toute sa splendeur. Les lumières ont été éteintes hier soir à cette heure-là, mais peut-être que nous aurons le privilège de les voir plus longtemps allumées ce soir pour célébrer notre départ ?

Nous changeons de fuseau horaire et devons avancer nos montres d’une heure. Nous revoici dans celui de Pékin, Hong Kong et Singapour. Demain est un jour en mer et le lunch entre francophones nous réunira à midi près de la piscine.

Joyce devait passer me chercher avant 10 h pour être sur le deck au moment du départ. Habituellement avec elle, il faut compter sur dix minutes d’avance ; je me suis laissé aller à écrire et n’ai pas vu l’heure passer. J’ai téléphoné à sa cabine, mais pa ni person’ à la casa. J’ai compris que ce soir, Joyce chassait. Lorsque, à 10.10 h je suis arrivée sur le pont, les illuminations venaient de s’éteindre et le navire reculait lentement. Après avoir viré de bord dans le large lit du fleuve, le bateau a pris tout doucement le chemin de la mer.

Ho et Giap m’ont invitée à prendre place à leur table et Esther est venue nous rejoindre. A minuit, le couple s’est retiré, Esther est venue s’accouder au bastingage voir Shanghai dérouler pour nous les lumières de son port et de ses chantiers navals. Puis Claude, passionné d’Histoire contemporaine, m’a longuement parlé de ce qu’il sait de la guerre en Europe.  Les longues gerbes d’étincelles des soudeurs éclairent la nuit, tandis que péniches et chalands chargés de sable remontent le courant sans feux de position.

Je suis restée l’une des dernières sur le pont, sans avoir vu ma copine, probablement occupée à danser dans les lumières tamisées du Crow’s Nest.

Pour la première fois depuis la fin du mois d’août, j’ai marché aujourd’hui sans douleur, et je crois n’avoir plus besoin de mes sacs de glaçons. Je peux bien le dire maintenant, ce voyage a viré parfois au cauchemar, même s’il aura été dans ma vie une parenthèse lumineuse..

Ce soir, un éléphant de mer dort sur mon lit.

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Mardi 20 octobre

Shanghai, que nous avons atteint ce matin, est le troisième port mondial, et non Busan comme je l’avais écrit par erreur…

Je n’arrive pas à y croire : j’ai fait le tour du monde ! Un esprit chagrin m’a fait remarquer que ce n’était pas un VRAI puisque je n’allais pas en Australie ! Descendant la passerelle ma rédac à la main (puisque en 1947, je me voyais déjà faire escale à Shanghai), je me disais que lorsque je poserais mon pied sur le quai, j’aurai fermé ma grande boucle…

Et ça a été un sacré moment dans ma vie !

Le Muséum de Shanghai n’est plus celui d’il y a vint ans, si poussiéreux même s’il contenait des merveilles… Une demi-heure d’attente dans la green file, celle qui passe en priorité alors que les individuels doivent s’aligner en longues queues, contrôle au portique et nous voici au pied de l’escalator où on peut emprunter des « audios » et où,miracle ! je trouve un plan en français... Ce nouveau musée est carré surmonté d’une coupole, suivant un principe chinois qui veut que le ciel rond surmonte

la Terre

carrée. La pénombre des salles met en valeur les objets exposés. Comme toujours Joyce et moi allons chacune de notre côté et je file au 3e voir les jades ; j’ai gardé le souvenir d’une robe d’empereur qui avait été enterrée avec lui, constituée de centaine de plaques de jade vert. Je ne l’ai pas vue, ce qui me confirme que ce n’était pas à Shanghai que je l’ai vue. Lees jades peuvent être blancs, ivoire, gris clair, mais leplus souvent vert… jade, bien sûr. J’ai essayé de voir le plus possible de salles, les porcelaines, les calligraphies, les bronzes, le mobilieér, les monnaies… Selon les salles, les soldats-gardiens laissaient photographier avec ou sans flash, et d’autres interdisaient tout simplement les photos. Dans la salle des porcelaines bleues, je prenais des clichés sans flash et le soldat m’a dit quelque chose en secouant lla main mais avec le sourire. Je n’ai rien pu acheter à la boutique, mon sac avec les sous et la carte était resté dans le bus.

L’étape suivante nous fait aborder le Times Square de Shanghai et ses boutiques de luxe. Mais les Yuyuan Gardens, au cœur de la vieille ville ont gardé un air d’authenticité émouvant. Pour y parvenir, il faut se mêler à la foule, aux marchands de tout et n’importe quoi, et les spécialistes qui ont les touristes pour cible s’en donnent à cœur joie : cartes postales, stylos, Roleix presque véritables qui doivent donner l’heure aussi bien que les vraies. Quelques jeunes proposent pour 20 $US des roulettes à adapter aux talons des chaussures des roulettes qui permettent d’avancer comme sur des rollers. Un jeune m’en fait la démonstration éblouissante, mais bien inutile. et j’en fais un cliché.

Le musée de la soie expose l’élevage des vers, montre comment les cocons sont ébouillantés puis dévidés et enfin mis en bobines. Les tissus en nombre limité sont fendus dans une salle à côté et sont déclinés en motifs traditionnels ou fleuris, très orientaux. Mon choix se porte sur des satins unis. Mais celles à qui je les destine en aimeront-elles les teintes ?

Dans la rue où je me suis assise pour regarder la foule, un femme âgée me demande l’aumône. E lui ai donné quelques yuans en billets à l’effigie de Mao et elle m’a bénie. Au bus des marchandes proposent des cartes postales.

Pas d’arrêt pour voir le Bund, ce quai de Shanghai où étaient les banques et le siège des grandes sociétés. Il y a vingtans, de grandes banderoles rouges pendaient des balcons pour célébrer un événement que j’ai oublié !

Le Cibercafé est quasiment vide et je ne peux brancher ma clé USB puisqu’il faut ouvrir un tiroir fermé à clé et que Kimberley est absente. Les messages courriels seront donc réduits à l’essentiel.

Le ms Volendam est amarré au cœur de la ville, sur la rivière Huangpu, et du deck 8 on peut voir le Bund sans la courbe de celle-ci.  J’y reviendrai ce soir, quand Shanghai aura accroché ses lumières.

Le show ce soir est donné par des jeunes enfants et adolescents de l’école internationale acrobatique de Shanghai, et c’est remarquable, même si on peut se poser des questions sur le devenir dans leur grand âge de ces corps torturés si jeunes. La plus petite 5/6 ans au plus, fait non seulement le grand écart facial, mais ses pieds montent à la hauteur de sa ceinture latéralement…

Je ne comprends rien à ce que me disent nos voisins de table. Après le repas, Joycem’avoue avoir aussi eu beaucoup de mal. Il est Espagnol, elle est Argentine et ils vivent à Mexico ! Me voilà rassurée !

Mon bestiau de ce soir doit être un dahut…

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Samedi 17 octobre

6.30 h… C’est pas une heure pour des vacanciers ça ! Avant 8h nous sommes déjà en route pour Tianjin, où nous étions hier, mais pour une visite guidée cette fois. Le ciel est clair même s’il fait frais, et les ouvriers embauchent. Ils n’ont donc pas tous leur samedi.

En chemin, notre guide Shew ( ?) explique les traditions qui perdurent et l’évolution des mœurs depuis quelques années. Avoir un enfant hors mariage est très mal vu en Chine, mais chez nous, il n’y a pas si longtemps, il en était de même. Elle a 26 ans, son mari 32 ans, ingénieur, est originaire d’une contrée du Sud, et elle prétend qu’il a un tel accent qu’ils communiquent… en anglais ! Est-ce vrai ?.. Leurs parents respectifs ont donné beaucoup d’argent pour qu’ils l’ajoutent aux économies du mari afin qu’ils puissent acheter un appartement. Ils n’ont pas encore d’enfant et n’en auront qu’un, même si c’est une fille. Elever un enfant coûte extrêmement cher, les écoles donnent une excellente instruction, mais certains parents souhaitent pour leur progéniture des écoles privées dont le prix est élevé. Le divorce existe, bien sûr. Elle est très fière de la gastronomie chinoise dont nous goûterons un échantillon au lunch. Une blague donne comme idéal de vie : Avoir une épouse japonaise, une maison anglaise… et un cuisinier chinois. Elle a omis le 4e élément peut-être parce qu’il est moins d’actualité : avoir les revenus d’un Américain.

Cinquante trois nationalités composent le peuple chinois !

A l’entrée de Tianjin, une drôle de Tour Eiffel surmonte un immeuble… La grande roue, aperçue hier du Muséum est maintenant sous nos yeux, mais nous ne sommes pas là pour voir la ville d’en haut. Une circulaire nous a appris hier que le Temple de Confucius est fermé pour cinq jours, suite à une décision administrative imprévisible. Quel fonctionnaire a-t-il pondu ça ? Nous verrons à la place un temple bouddhiste zen. Pour y parvenir, il nous faut traverser un pittoresque passage couvert où des boutiques s’alignent de chaque côté. Là je retrouve l’ambiance si chaleureuse des marchés d’autrefois, lorsque les étudiants de Pékin pensaient réussir leur chambardement qui changerait

la Chine

, et que l’atmosphère était plus légère. Ce long couloir s’ouvre sur une place où un groupe de danseurs répète des mouvements de tai-chi sous la direction d’un maître en tunique noire. La plupart d’entre eux sont vêtus de rouge et ils ont à la main en éventail qu’ils ouvrent et ferment en cadence avec un claquement sec.

Le temple est juste sur la gauche après les danseurs, mais c’est une dizaine de bâtiments décorés et couverts de tuiles vernissées qui s’offrent au regard, et les fidèles se pressent tenant des bâtonnets d’encens qu’ils allument  avant de les déposer en se prosternant à l’entrée des temples où se nichent des statues de Bouddha. Selon notre guide, les Chinois ne sont pas superstitieux, mais photographier sa statue peut devenir « bad luck ». Message reçu 5/5, mais plus pour respecter les croyants que pour éviter le mauvais sort. Sur la place où sont toujours les danseurs, Joyce me rejoint et un jeune homme s’approche pour nous écouter. Il parle un peu l’anglais et nous emportons son souvenir. Un baby boy aux chaussons roses dans les bras de sa mère envoie des baisers. Les jeunes enfants ne portent plus ces drôles de combinaisons ouvertes qui leur permettaient de se soulager sans souiller de couche.

Un vieil homme vêtu à l’ancienne traverse l’entrée et se dirige d’un pas ferme vers l’un des temples.  La foi de ces fidèles est évidente, et il a bien fallu que les autorités assouplissent leur férule… Une mosquée et une cathédrale accueillent les disciples à Tianjin, mégalopole de 9 millions d’habitants.

Je m’attarde un peu dans le passage bordé d’échoppes traversé à l’aller et où des pommes sont joliment présentées sous un filet. De mystérieuses marchandises sont proposées aux passants sous des emballages colorés. Là encore, les bébés répondent à mon sourire sous le regard ému des nannies.

L’Ancient Culture Street est pour moi le lieu de délices absolu. Nous sommes dans un vrai bouillon de culture chinoise, dans lequel les familles s’attardent en ce samedi matin. Mes yeux se remplissent du spectacle des artisans, sculpteurs sur cire ou sur bois, fabricants de tampons en pierre dure (j’en ai déjà deux à mon nom et à mes initiales), vendeurs de barbe à papa, vendeurs de jouets et de cerfs-volants, et une multitude de ces petites usines à bouffe où le riz vapeur, soufflé ou en galettes dures est vendu sous toutes ses formes. Je m’attarde près d’un vendeur de sucettes qui étale sur un marbre du caramel qu’il façonne avec habileté jusqu’à modeler un personnage, un oiseau, une fleur, qu’il détache du marbre après avoir muni son œuvre d’un bâton qu’il tend à un enfant ravi.

Un sculpteur expose ses œuvres en bronze (j’ai déplacé un lourd Karl Marx  pour l’avoir dans le soleil…) et propose de réaliser votre statuette en cire. Il y a là Nelson Mandela, Elizabeth II, un champion probablement olympique, et des inconnus, dont l’un d’eux pourrait être Mao que l’on connaît surtout tête nue. Mais il n’est pas mis en vedette. L’étoile du Grand Timonier aurait-elle tant pâli ?

Une statue en bronze de Chou En Lai repose devant un restaurant. Il est parfaitement reconnaissable, et je cherche en vain son pendant de l’autre côté de l’entrée. Joyce arrive avec des gâteaux de riz couverts d’une gelée sucrée que je n’ai pas envie de goûter. En revanche, ce qui sert de plateau est une galette savoureuse de riz  dur. Quel bonheur d’avoir plongé dans cette ambiance authentique de vie quotidienne !

Nous sommes attendus pour le lunch au Kaiser Palace que nous mettrons plus d’une heure à atteindre. Une pianiste en robe rose joue pour nous «

La Lettre

à Elise » et des classiques connus. Des tables de huit ont été préparées dont les plateaux tournants traditionnels sont maintenant en verre épais. La nourriture variée est délicieuse et abondante, et je veux goûter de tout. La bière a du goût mais elle est servie tiède… Les serveuses sont élégamment sanglées dans un strict tailleur rouge, mais chacune a noué son écharpe à sa manière.

Les toilettes western sont décorées de portraits de … Marilyn Monroe !

Le Muséum est au programme et me permettra de voir le niveau 1 que je n’ai pas visité hier. Sur le parvis, des jeunes s’essaient au skate bord avec des fortunes diverses et l’une chutera lourdement sous mes yeux, tandis que d’autres roulent avec aisance.

Les poteries anciennes, les porcelaines, les bronzes montrent bien le degré de civilisation de ce vieux pays !

Les boutiques vendent des répliques des objets précieux, mais aussi des statuettes parmi lesquelles celle de Mao, des livres en chinois, des reproductions de billets de banque, et un coffret de cent cartes postales consacrées à

la Révolution.

Le chauffeur s’est trompé et a manqué une bretelle. Le croirez-vous ? Il a roulé en marche arrière près de

200 mètres

sur la file de droite de l’autoroute. Les chauffeurs napolitains dont je parlais hier auraient-ils le cran d’en faire autant ?

Une heure de route est nécessaire pour arriver à

la Shi

Family

Mansion, considérée comme le principal témoignage en Chine du Nord de la façon dont vivait une très riche famille. Près de la rivière, une porte monumentale nous conduit à la statue dorée d’une fillette rebondie et d’un poisson, devant laquelle une remorque couverte enrubannée de rouge et attelée d’un cheval, attend les candidats à une balade ou à la photo. L’entrée de l’immense maison Shi est en face du cours d’eau et un bloc de jade ciselé en chou pomme, entre les feuilles duquel ont été déposées des pièces de monnaie, accueille le visiteur. Une maquette donne une idée de l’importance du bâtiment que l’on ne va découvrir qu’en partie. Il y a même une école ! Un petit jardin occupe le centre du quadrilatère des bâtiments. Ce musée maintient par une ficelle un ornement de porte défaillant…

Un vieil homme sans doute musulman me sourit lorsque je sors et ne refuse pas la photo. La remorque rouge est partie et c’est maintenant une calèche qui attend devant la statue. Dans les rues du village autour, des marchandes de nourriture en tricycle proposent leur marchandise à l’appétit du chaland. Sur la grande place, deux petits chiens blancs mâchouillent quelque chose sous la bécane de leur maître. Les bâtiments ont vraisemblablement été restaurés récemment, mais nous avons une vision plus authentique du pays que celle que donnent les froids chantiers de construction, même si ce n’est qu’une vitrine du passé.

La longue journée s’est terminée à l’accueil au terminal de Xingang par une tasse de chocolat chaud et des cookies proposés par le personnel du Volendam, et qui requinquent les passagers fatigués. Il y a des râleurs, comme partout, qui ne sont pas satisfaits de leur journée…  Pardonnons-leur, ils sont blasés.

Un cygne en majesté est sur mon lit.

Les autorités sont à bord et il faut que le bateau soit « clear » pour avoir l’autorisation de partir. A 19 h, je suis sur le pont-promenade où se trouvent déjà Harry et Ellen son épouse, et où nous rejoignent Claude et Nelson les Québécois. Rien ne se passe, la passerelle est en place et les voitures de police attendent sur le quai.  Qui… ou quoi ? Peut-être des passagers qui ne sont pas revenus à temps. L’attente se prolonge et nous rentrons chacun à notre tour.

Un tour au Lido bar pour faire le plein de glaçons fins qui s’adaptent si bien à mon dos encore sensible, mais plus douloureux. Le seau à champagne qu’Agus le steward a rempli de glaçons cubiques me sera précieux pour me caler dans un coussin froid qui soulage la contracture musculaire. Je suis en voie de guérison.

A 21.30 h enfin, un long frémissement me confirme que le bateau a quitté le quai, en route pour Shanghai, que nous atteindrons après trois nuits et deux jours de mer, et où je bouclerai mon tour du monde. N’étant pas allée cette fois à Pékin, même si ce n’était qu’à deux heures de route de Tanjing, je n’ai pas encore accompli totalement le trajet est-ouest. Quel parcours pour la petite fille du Faouët et l’adolescente démunie que j’ai été, qui à vingt ans, n’était pas encore allée à Paris !

Maman aurait aimé ça, elle qui avait un rêve : les îles Galapagos, dont, jusqu’à sa mort à 97 ans, elle continuait de parler…

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Jeudi 15 octobre

Une chose n’a pas changé en vingt ans, les interminables formalités d’entrée sur le territoire. La bureaucratie ne date pas de Mao : les premiers empereurs chinois y excellaient déjà. Le staff de dix personnes en uniforme informatisées semble étudier avec attention fiches et passeport avant d’apposer le tampon qui fera du candidat au séjour un persona grata. Comme si on avait envie de déserter le Volendam ! Avec le tampon sur le passeport nous est remis une fiche et un étui à accrocher au cou. De jeunes soldats aux casquettes raides et rondes surveillent la bonne marche des opérations. Une vingtaine de bus sont alignés devant le bateau. Joyce a choisi d’être dans un autre que le mien. Elle a fait le bon choix, car, lorsque le bus

9 a

eu l’autorisation de partir, ses amortisseurs hors d’usage n’ont cessé de gémir avec force. La jolie guide n’a pu utiliser le micro qui grésillait et hachait ses propos. Elle a compris que rien ne peut s’arranger dans l’instant et se déplacera pour redonner ses explications en avançant dans l’allée.

La Chine

vingt ans après ? C’est une autre planète ! Même si à Dalian (

la Hong

Kong

du Nord) on ne nous a montré que la vitrine post Jeux Olympiques, le nombre de voitures en circulation est de la même densité que chez nous, et j’y ai vu trois limousines blanches. Six millions d’habitants à Dalian, dont une partie seulement a une voiture, mais qu’il faut bien loger. J’ai entrevu de vieilles maisons derrière un mur, probablement vouées à la démolition.

Il n’y a plus de vélos ! Oh si… j’en ai compté pas loin de dix, et j’ai raté un « atelier de réparation » sur un trottoir, tel qu’il y avait tant autrefois. On a beaucoup détruit pour bâtir la ville nouvelle, mais, dit notre guide,  on a préservé les quartiers anciens les plus intéressants… mais nous ne les avons pas vus. Les immeubles à l’architecture hardie s’élèvent à perte de vue, d’autant plus que le bus gravit une colline où est plantée l’orgueilleuse tour TV qui domine la ville et fait sa fierté.

Il faut gravir une volée d’une dizaine de marches pour arriver au hall qui est orné d’un panneau célébrant le 60e anniversaire de

la Révolution.

Cet

édifice qui n’est pas équipé d’ascenseurs depuis le premier niveau laisse beaucoup de visiteurs dans les fauteuils du hall. Pour ma part, si mon dos me laisse en paix ces jours-ci, la contracture de ma cuisse est une douleur constante qui m’inquiète, d’autant plus que j’ai pris ce matin la pilule anti-douleur du toubib du bord. Faute de pouvoir gravir l’escalier jusqu’à l’élévator, je fais le tour de l’esplanade et, après le panorama embrumé par la pollution, je m’intéresse à un groupe de trois jeunes qui entourent une Susuki rouge qui doit sortir de chez le concessionnaire, tant l’attention de ses passagers est quasi-maternelle… Un aigle est peint sur le capot et un gris-gris pend au rétroviseur intérieur.

Il semble que l’horaire rétréci nous ait fait sauter une étape : celle du plus ancien parc de la ville. Mais au People’s Square où les vendeurs de cerfs-volants ne se font pas de cadeaux entre eux et harcèlent le client éventuel, c’est un régal des yeux, tant est variée la couleur des kites. Une vieille lady du groupe en a acheté un. Je lui demande combien elle l’a payé : « Trop cher » « Mais encore… » « Pourquoi voulez-vous savoir ? ». C’était seulement pour évaluer si l’effort d’aller chercher mon sac, laissé dans le bus, en valait la peine… Sorry Ma’am !

Xinghai Square est une vaste esplanade plantée se monuments symboliques et bordée par des petits marchands de bazar ou de sandwiches et Coca Cola. Celui du centre a l’air d’un totem indien… Des statues de bronze sont posées à hauteur du sol.

Le front de mer est luxueux, des maisons sorties des films de Walt Disney bordent le littoral, et il doit bien y avoir une classe qui s’est enrichie sous ce régime communiste, ou bien il s’agit de

la Nomenklatura. Notre

guide précise que le front de mer est devenu populaire parce que les familles veulent le bon air pour les enfants. Je lui fais tout de même remarquer que la ville est très polluée, malheureusement pour ses habitants. Pourquoi n’ai-je pas vu de statues de Mao Ze Dong qui est omniprésent sur tous les billets de banque ? Je crois qu’elle m’a répondu dans un large sourire qu’elles sont à Beijing (Pékin). Des restaurants de luxe sont bâtis entre la route et la mer, et le personnel que l’on aperçoit dans les jardins est en costume strict. Une mariée monte dans une calèche blanche à laquelle nul cheval n’est attelé. Peut-être seulement pour la photo ?

J’ai hâte de rentrer mariner dans la glace…

… et je me suis endormie…

Joyce a dû se faire ouvrir la porte. Elle me dit quelque chose au sujet du show que nous avons déjà vu, j’entends vaguement : fifty minuts, shower, wash my hair… et elle s’en va… non sans avoir d’autorité glissé dans la serrure la fiche Ne pas déranger. Je pense que je la retrouverai à l’entrée de la salle Rotterdam et je vais l’attendre à l’heure habituelle où nous nous présentons à l’accueil. A 8.05 h voyant Steven et Kobe arriver, nous convenons d’une table à quatre et réservons une place pour Joyce, quine viendra pas… Quant aux immeubles ultra modernes, selon Steven, ils seraient inoccupés, comme le sont aussi les belles maisons style Disneyland du front de mer. Réflexion faite, tous ces quartiers manquaient singulièrement de vie… Personne aux alentours, aucun passant, pas de rideaux, ni de fenêtres ouvertes malgré la tiédeur du temps, aucune mère avec un enfant : le désert… Les petites maisons traditionnelles ont été détruites et les gens n’ont pas les moyens de payer pour les nouveaux appartements qui atteignent des prix démentiels.

Un seau de glace m’attend et un petit animal inconnu et malicieux repose sur un oreiller.

Merci Agus !

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Mardi 13 octobre

Avant de descendre à Pusan (Busan) grand port de la Coréedu Sud, il nous a été remis des papiers à remplir pour être autorisés à mettre un pied en Chine.

En Corée, on roule à droite, ce qui met en défaut l’affirmation de la guide japonaise qui affirmait que seuls les pays conquis par Napoléon roulent à droite… Le bus est décoré d’amusants rideaux festonnés et pomponnés, et un rouleau de papier toilette (à défaut de sac à vomir) est accroché en bonne place. Notre guide Joy vêtue de soie est mince et très jolie. La tour qui se dresse au cœur de la ville permet de surplomber ses maisons serrées entre les collines et la mer, et le port dont on ne peut voir qu’une partie. Le Volendam nous est caché par un promontoire. Au pied de la tour, les marchands du Temple n’ont à proposer que des articles d’artisanat de bazar. Je n’ai fait aucun change puisque je n’ai pas l’intention d’acheter quoi que ce soit. Ici comme au Japon, on ne prend pas les cartes bancaires. 

Le fish market s’annonce de loin… Ici, la propreté japonaise est un luxe qu’on ne s’offre pas ! Les égouts n’arrivent plus à absorber les déchets des poissons éventrés vivants qui, même étêtés, continuent de palpiter sur l’étal. J’ai perdu le groupe mais je sais où est le point de chute et je continue seule mon tour de marché. Il semble que les Coréens vivent auprès d’une mer qu’ils pensent inépuisable tant la quantité de marchandise offerte semble surabondante. Les chalutiers sont à quai et déchargent à mesure. D’un coup de couteau précis, la marchande entame en biais le dos d’un gros poisson, laissant apparaître le foie qu’elle va jeter avec la tête, et arrache d’un coup sec les filets dépiautés… Elle refuse la photo que je m’apprêtais à faire. Plusieurs autres ont tourné la tête sans plus, mais celle-ci m’a fait non d’une main ferme. Il y a tant de choses à voir ici, même si l’odeur peut faire tourner de l’œil les visiteurs à l’odorat sensible… mais pas que ceux-là ! Il faut s’accrocher pour ne pas défaillir, mais ce n’est tout de même pas l’odeur de viande en décomposition telle que le marché de La  Paz en Bolivie en était imprégné…

Un couple d’Hawaiiens m’a rejoint au point de rencontre, et ils me font partager les amandes qu’ils ont achetées. La femme va pour acheter une pomme dont la marchande lui demande 3 $US. Sa voisine de l’étal à côté lui en offre une ! Comme quoi, il faut se garder de jugement hâtif !

Je n’ai pas voulu aller au marché « international » et je n’ai rien perdu. Il s’agit d’un marché ordinaire pour les ménagères. J’ai fait une incursion au Phoenix Hôtel où se prépare un mariage, mais je n’en ai rien vu sauf un escalier fleuri, et une boutique de luxe. Plus loin dans la rue, une étrange construction de fer au sommet d’un immeuble se donne des allures de Tour Eiffel ratée et un panneau en français annonce «La Vue». La guide propose de prolonger la visite free pour compléter notre connaissance de la ville de Pusan, mais des voix s’élèvent : ça peut faire manquer le lunch ! Ya pas que les Français qui aiment la bouffe et qui ne veulent pas manquer une occasion…

Retour au bateau où, un peu avant 5.00 h je veux assister au départ annoncé : il devrait partir à 5 h et j’ai envie de voir ce qu’il se passe… Mais il ne se passe rien, parce que deux bus manquent à l’appel. Ils arrivent enfin, sous les acclamations ou les huées gentiment ironiques des spectateurs qui les mettent à l’amende. Et je vois Joyce sortir de l’un d’eux. Voulait-elle rester en Corée ?

Le largage des amarres est une opération lente et minutieuse. Dans un ordre précis, celles-ci sont dégagées tout à tour, et lentement, l’énorme vaisseau part en marche arrière, évitant un porte container amarré au milieu de la rade. Il commence à virer de bord et tourne avec majesté sa proue vers le large. L’allure s’est accélérée, le sillage est devenu bouillonnant, et le pilote va sauter dans son bateau qui s’est approché bord à bord, tandis qu’un coup de sirène le salue.

Il fait frais sur le deck et j’ai parlé à cette passagère au profil de Maria Pacôme, qu’elle ne connaît pas, mais qui est très flattée de sa ressemblance avec une actrice française.

Le show du soir m’a totalement échappé, sauf une ou deux histoires de l’humoriste juif new-yorkais qui parlait à la vitesse d’une mitrailleuse. A table un couple d’Australiens et des Anglais.

Nous recevons une invitation à partager demain un lunch indonésien en compagnie du capitaine. Rendez-vous à 10.30 h ici dans ma cabine.

Horreur ! j’ai oublié de remettre au front desk les papiers nécessaires pour l ‘entrée en Chine… Vite ! je laisse mes sacs de glaçons et file les apporter en passant par le casino qui a fait le plein après la période d’abstinence japonaise. Ce n’est pas trop tard pour les papiers. Ouf !

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Lundi 12 octobre

Le téléphone grésille alors que je suis encore dans un profond sommeil. Un coup d’œil à la montre : 6.00 am. Je dis que je veux encore dormir, mais elle me persuade du contraire. Si je veux avoir une chance d’avoir mon voutcher à temps, il faut être à l’ouverture du bureau, après le petit déjeuner qu’elle va prendre au Lido bar et où elle monte sans m’attendre. Rendez-vous au Franz Hals Lounge, elle ne précise pas l’heure.

-- Hi ! Madame Blanche !

C’est Agus II, celui du Lido bar, qui a mémorisé mon prénom à la française : il ne dit pas Blintche comme la plupart des Américains que je n’ai pas encore tués… Joyce doit être déjà repartie, je ne la vois pas de ce côté du pont.

Un Canadien francophone et son épouse viennent prendre place en face de moi, et il sait immédiatement que je ne suis non Américaine et pas Québécoise. Il demande si je participerai au dîner francophone. Il est le voisin de cabine d’Anne-Marie et Sami, les autres Français. Bien sûr que je serai de la partie ! Avant de partir, je laisse au vol mon n° de cabine et file au bureau pour mon voutcher, mais c’est encore trop tôt. Faute de mieux, je vais tenter de rencontrer Ingrid, avec laquelle j’ai déjeuné à Kyoto, la responsable des excursions. Elle me prépare un double à la main au moment où Joyce arrive, brandissant au autre voutcher manuel. Soulagée, je la félicite de son « efficience » et je rejoins Esther, qui m’a réservé un siège dans le bus 1.

Le Muséum est plus qu’impressionnant. Des phots de Nagasaki avant, ville ordinaire qui n’aurait pas dû laisser son nom dans l’Histoire s’il n’y avait pas eu de brume sur une autre ville, qui était prévue comme cible de la seconde bombe atomique…

Le premier objet exposé est une pendule déformée qui s’est arrêtée à 11.02 h ce 9 octobre 1945. Une première bombe beaucoup moins puissante avait été lancée quelques jours avant sur Hiroshima, pour contraindre les Japonais à capituler après presque cinq ans de guerre féroce dans le Pacifique. Tout avait commencé à Pearl Harbor, à Hawaii, le 6 décembre 1941, quand des centaines de bombardiers avaient anéanti la flotte américaine, faisant des milliers de morts, tandis que l’Ambassadeur du Japon se présentait à la Maison Blanche portant la déclaration de guerre alors que les porte-avions étaient déjà près d’Hawaii et les kamikases prêts à décoller.

La salle suivante montre la façade reconstituée de la cathédrale catholique à l’époque la plus grande d’Asie. Il n’en reste qu’un pilier de façade et un fragment de portail  qui sont restés debout, et les maisons ont été reconstruites autour.

Des fragments de statues, de pierres arrachées à l’édifice soufflé reposent dans des vitrines, mais je traverse la salle sans m’arrêter. Ce qui est le plus touchant, ce sont les ombres des corps fixés à jamais sur les murs par le flash gigantesque, les humbles objets du quotidien, les tuiles fondues par la chaleur, les vêtements cuits, les bouteilles fondues, la vaisselle et les piles d’assiettes collées. Dans une vitrine à part, les os d’une main humaine ont été incrustés dans une masse de verre. C’est ce qui me restera de ce moment intense jusqu’à la fin de ma vie. Beaucoup d’autres choses encore, des photos de brûlés, d’irradiés, de cataractes causées par l’éclair atomique, le point zéro où l’impact de la bombe a creusé un gouffre qui n’a pas été comblé et dans lequel un mémorial a été édifié. Le Muséum est à proximité immédiate de ce que l’on appelle Ground Zero.

Sur une vaste esplanade une statue plutôt laide peinte en vert bronze montre un homme assis, la main droite élevée vers le ciel évoquant le danger nucléaire, l’autre étendue en signe de paix. Des quantités d’origami ont été déposés par des pèlerins, des statues de différents pays encadrent l’esplanade et une fontaine à jets d’eau occupe le centre de la partie opposée à la statue.

Ce lieu chargé de douleurs restera le moment fort de ce voyage.

Un court arrêt devant l’humble maison du médecin catholique qui a beaucoup œuvré pour la survie des irradiés et dont la photo figure au Muséum. Jean-Paul II est venu dans cette maison pour s’y recueillir.

Notre guide est née en août 1945, mais pas à Nagasaki, sa mère ayant eu la bonne idée de la mettre au monde chez ses parents dans une autre ville. Elle chante joliment Madame Butterfly de Rossini, dont elle évoque l’insuccès initial à la Scala de Milan.

Retour au bateau, 14 cartes écrites et timbrées pour 21 $US, sacs de glaçons pour ma petite santé, puis formalités de sortie du territoire parles douanes japonaises, et re-glaçons qu’Agus I m’apporte maintenant dans un seau à champagne.

Le coucher de soleil est bien pâle mais l’élégant pont suspendu est photogénique… Un concert d’adieu est donné par des jeunes lycéens de Nagasaki, et leurs pompoms girls. Sur le quai, ils nous font de grands signes d’au-revoir, ce qu’affiche aussi la grande banderole déployée au-dessous des trois drapeaux américain, japonais et hollandais. Steeven nous hèle « Alors les gamines ? » et son épouse Kobé s’accoude à côté pour profiter du spectacle que donnent des jeunes sur le quai. Je suis émue aux larmes de voir comme la vie a été la plus forte en ce lieu où l’horreur a été absolue.

Nous quittons le pont-promenade pour le Lounge où va se produire la pianiste classique japonaise ? qui a une frappe d’une force étonnante. Parmi Chopin, Beethoven, Mozart, Litz, elle glisse des Variations qu’elle a composées à douze ans. Elle raconte qu’au cours d’un concours international à Tel Aviv, elle en a été complimentée par Isak Rabin, à la table duquel elle avait été conviée, et ils avaient convenu d’un dîner chez lui le lendemain… jour où il a été assassiné.

Elle mérite la standing ovation qui l’acclame.

Nos voisins de table sont Ho et Giap de Pennsylvanie, que nous avons déjà eu le plaisir de rencontrer, et la conversation glisse sur le bouddhisme. Ho est très contente de savoir que je sais qui est Matthieu Ricard, même si je n’ai pas lu le livre qu’il a écrit avec son père Jean-François Revel Le Moine et le Philosophe que je m’engage à acheter et lire avant la fin de l’année. Elle cite Voltaire, Ronsard dont nous récitons ensemble l’ode à Marie, et cherche l’auteur du quatrain :

Si l’effort est trop grand pour la faiblesse humaine

De pardonner les maux qui nous viennent d’autrui

Epargne toi au moins le tourment de la haine

A défaut du pardon, laisse venir l’oubli…

Leur e-mail : dogiap@aol.com

Je chercherai et trouverai sûrement la réponse !

Nous sommes en route vers Pusan, en Corée du Sud. 

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Samedi 10 octobre

Pour la première fois depuis 6 semaines, j’ai passé une nuit sans douleur ! Les sacs de glaçons que je me cale dans le dos ont été efficaces, je continue de prendre les anti-inflammatoires jusqu’à totale disparition de ce mystérieux mal de dos. Bref, au moment de partir, je peux enfin me tenir droite… J’ai récupéré mon blouson, oublié hier dans le bus parce qu’une vieille dame avait pris mon siège.

A 8.30 nous sommes déjà à traverser Kobe sur la motorway qui nous mènera à Tokyo. Beaucoup de trafic en ce samedi matin. C’est que les Japonais ont exceptionnellement trois jours de vacances d’affilée, ce qui leur arrive deux fois l’an : on les appelle Golden holidays  ou Silver holidays (d’or et d’argent). Notre guide nous rafraîchit la mémoire avec les pictogrammes que nous tentons de déchiffrer.

Kyoto a été 1100 ans la capitale du Japon. Les moines bouddhistes ayant pris trop de pouvoir, l’Empereur décida en 1865 de déplacer la capitale à Tokyo. Les temples sont restés, et ont été restaurés.

90 % des Japonais sont bouddhistes

80 % sont shintoïstes

2 % sont chrétiens

Je sais… ça fait une drôle d’arithmétique ! En fait, la plupart d’entre eux sont les deux. C’est ce que m’avait dit Sumiré, la petite Japonaise neurasthénique qui a vécu quelques mois à la maison. Ses parents honoraient à la fois Bouddha et pratiquaient la religion shinto.

Notre première étape est le superbe Golden Pavilion Rokuon-Ji Temple bouddhiste dont l’architecture dorée d’une incroyable légèreté se reflète dans un large bassin planté d’iris. C’est le summum de la beauté. Pour moi qui suis absolument insensible aux temples et à l’art asiatiques c’est un moment de grâce infinie, et je laisse le groupe s’avancer dans les jardins afin de m’attarder seule. Car les visiteurs arrivent par grappes serrées, restent peu de temps, juste de quoi se faire immortaliser devant ce bijou d’or (et j’ai fait de même) mais repartent avant que d’autres n’arrivent… J’ai ainsi un répit d’une minute entre chaque intrusion pendant laquelle je profite seule du décor.

Je m’amuse de la tenue des écolières en jupe plissée, dont la longueur varie de mi-mollet à mi-cuisse, ces dernières étant toutefois les plus rares. Leurs chaussettes blanches ou moins souvent noires dans des tennis gros calibre, elles ont des jaquettes à col marin et un sac à dos qui leur descend sur les fesses. Selon les écoles je présume, des détails changent : col blanc rond ou pointu, régate de couleurs diverses, et même les plis des jupes… Les garçons portent une veste serrée à boutons dorés qui les fait élégants comparés à leurs condisciples féminins ! Ils sont souvent accompagnés et restent sagement en rang. Mais d’autres loustics d’une douzaine d’années s’en donnent à cœur joie, et ceux-là ne portent pas l’uniforme. Ca rassure de voir des enfants qui débordent du moule !

Un arbre gigantesque plusieurs fois centenaire accroche mon regard et un des gardiens du lieu me prend presque d’autorité l’appareil des mains pour que je sois aussi sur la photo ! Plus loin le beffroi offre sa cloche et deux hommes m’invitent à garvir les marches, mais le coup de gong est tarifé : 200 yens ! Même Bouddha est dans la dèche…

Aujourd’hui le repas sera japonais, et le poisson cru se décline en bouchées gourmandes, accompagné de pousses de soja ou de cresson nain. Un régal… Il y a même quelque chose qui ressemble à des nems, mais différent de ceux  des Chinois. Les pâtisseries, à part le japanese cake dont la pâte semble crue et qui est sans saveur, sont une gourmandise partagée. L’infirmière du bord et la responsable des excursions partagent notre table. La nurse est satisfaite que le traitement prescrit me fasse moins souffrir souffrir.

Avant d’en voir plus, je reconnais Paris sur une toile accrochée aux murs de cet hôtel de luxe. Une boutique, une charcuterie vraisemblablement, porte l’enseigne Au Cochon Rose…

Un mariage arrive en même temps que nous au Shogun Castel, mais depuis le fond du car, j’aperçois juste le palanquin multicolore qui emporte la mariée, escorté par des hommes vêtus de blanc et je ne le reverrai plus. Les tuiles vernissées des toits ont un décor délicat. Il ne se mouchait pas dans les doigts, le Shogun, et il voyait grand ! Si grand que lasse, je reviens à la monumentale entrée pour m’asseoir à l’ombre sur le pont et observer le va et vient des visiteurs en espérant en mon for intérieur voir le cortège nuptial en sortir. La structure des énormes pierres taillées du soubassement est impressionnante, même si elle n’a pas la précision des maçonneries incas.

Deux femmes en kimono attendent. Elles acceptent de poser et l’une propose de prendre la photo de sa compagne avec moi.

L’entrée du temple shinto Heian Jingu Shrine peinte en rouge avec des tuiles vernissées vert sombre et encadrée de pins aux troncs tordus, est universellement connue. Mon dos tire à nouveau, et je me sens le moral dans les chaussettes tant j’ai cru à la fin de mes tourments. Préférant rester sur l’esplanade sans entrer dans les jardins et le temple, j’aperçois plusieurs femmes en kimono qui entrent ou sortent du temple. J’ai en main ma rédac et… vous avez gagné… J’ai demandé à deux d’entre elles si elles accepteraient que je les prenne, et, leur expliquant le parcours du papier que je tiens, elles rient et me prennent en photo à mon tour. Je vis là un grand moment !

Joyce a, pendant ce temps, vu de loin deux mariages shinto qu’avec mon Olympus, elle a pu saisir…

Vingt cartes postales pour 1.000 yens, c’est une affaire en comparaison des prix pratiqués à Hakodate. Mon voisin est revenu coiffé d’un bandeau de samouraï qu’il a mis à l’envers. Joyce a trouvé des chopsticks pour Cori, le fils de Marie qui m’avait peint une petite toile en gris.

La nuit est tombée lorsque nous parvenons enfin à Kobe illuminée dont les éclats des néons la rendent tellement plus belle ! Le Volendam aussi est dans son habit de lumière.

Pas de dîner ce soir, nous avons trop mangé au lunch.

Une incursion sur le pont pour voir se lever la lune, et prendre deux tasses pleines de glaçons pour la santé de mon dos.

Nous partons pour Nagasaki avec de nouveaux passagers, d’autres sont descendus ici à Kobe. Je n’ai que 20 $ sur moi et ne peux acheter que 12 timbres pour l’Europe… Le reste partira demain de Nagasaki.

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