21 juin 2009
Question de langages...
L'orage se déchaînait sur la highway entre Dallas et Fort Worth et, au volant de sa puissante Chevrolet, Joyce ne tentait pas de se garer sur le bas-côté comme beaucoup d'autres automobilistes l'avaient fait. Nous allions accueillir à l'aéroport Gisèle et Bernard, nos amis communs, qui venaient participer au trip prévu dans l'West américain, que nous allions parcourir au cours des semaines suivantes.
Un écran gris illuminé d'éclairs se dressait devant nous, et, comme elle-même, je tentais de percer du regard le mur d'eau pour rester dans le bon couloir et deviner l'obstacle que nous risquions de percuter. Elle priait, tandis que, pour ma part, je restais plus prosaïquement attentive à voir avant elle la bretelle qui nous ferait sortir de ce cauchemar.
Bien entendu, les avions attendus avaient été, soit détournés sur un autre aéroport, soit retardés, ce qui était le cas du vol de nos amis. Dans le hall, nous nous sommes assises et elle a rendu grâce à Dieu d'avoir permis que nous arrivions sans accroc, ajoutant que, pendant le trajet, elle espérait me voir prier aussi.
Joyce s'étant éloignée pour aller aux nouvelles, l'homme sur le fauteuil en face me demanda un renseignement que j'étais bien incapable de lui donner... Il me laissa parler, et, après un regard à sa femme, me dit que c'était seulement pour le plaisir d'entendre mon "charming french accent" qu'il avait posé une question anodine... Eux-mêmes avaient des racines allemandes, et la conversation s'est alors lancée sur les langues et les accents qui nous caratérisent et trahissent nos origines.
Soudain, il me demanda : "Et Jésus, quelle langue parlait-il ?"
Mes yeux ont dû s'agrandir tant la question me semblait surréaliste, mais j'ai eu le réflexe de répondre ce que cet homme attendait : "Si Jésus ne parlait que l'arménien, il savait lire dans les coeurs !"... ce qui a beaucoup plu à Joyce entre-temps revenue.
La religion tient une énorme place dans la vie de nos amis d'Outre-Atlantique : il n'est que de voir le succès des télé-évangélistes qui font leur show chaque dimanche pour un business "enrichissant"... et se souvenir que les premiers "pilgrims" venus avec le "Mayflower" et les bateaux suivants fuyaient les persécutions religieuses de leur pays d'Europe, et que la liberté religieuse figure dans la Constitution américaine.
16 juin 2009
Elles ont choisi...
Me voici donc revenue vivante de ce périple d'un peu plus de 11.000 km (non ! il n'y a pas de zéro en trop !)sur les routes US et québécoises... Vivante... mais sur les genoux bien qu'indemne de la grippe ! Vous saurez tout au fil du temps, mais d'abord, je vais vous donner le palmarès de mes oeuvres, puisque chacune de mes amies a fait son choix à son tour.
A Dallas (Texas), lorsque nous avons aligné mes peintures sur un meuble chez elle, Joyce m'a déclaré qu'elle voulait "La Promeneuse sous la pluie". Je souhaitais que ce soit Scottie, sa soeur aînée, à choisir la première, mais celle-ci n'arrivait pas à se déterminer entre mes "Poulbots navigateurs" et "Le village de Montmartre". Une nuit de réflexion l'a amenée avec mon accord... à garder les deux !
Joyce a poussé un soupir de satisfaction : la "Promeneuse" serait pour elle... Sa fille Anna a flashé pour les "Bouquinistes des quais" qu'elle a vus à Paris. Mary a aimé "L'accordéoniste aveugle de la rue Mouffetard" à cause du store orange de la boulangerie. Marc le fils de Scottie (dont hélas ! le cerveau a oublié de grandir) a choisi "Le fox-terrier du Pont des Arts" ("Aaaaah... the dog" le chien) !
Ellen, ma "merveilleuse" Ellen de Charlotte (North Carolina) celle dont j'ai commencé à vous parler sans encore vous avoir dit l'essentiel, a saisi tout l'humour de la scène du "Peintre du Pont des Arts" qui, sur sa toile, a sans vergogne deshabillé son modèle... Pat connaît à Paris notre vieux Pont Neuf qui a servi de toile de fond à sa photo préférée, celle où elle pose avec Doug, son mari. Comment alors s'étonner de son choix ? Marcia, de Winston-Salem (les cigarettes Camel, ça vous dit quelque chose ?) a aimé "Le baiser aux jonquilles" tandis qu'Eleanor, la soeur de Doug, n'a pas hésité une seconde... et pris "Les deux frangins de Belleville".
Isabelle du Michigan n'a pas choisi : l'éventail s'étant rétréci, j'ai fait deux paquets-cadeau, l'un pour elle, et l'autre pour Annie qui nous a prêté le condominium d'Harbor Springs pour un week-end "entre filles" (à six). Celui qu'elle a ouvert contenait le fameux "Baiser de l'Hôtel de Ville"; à Annie échoirait donc
"L'oeil coquin" du monsieur de la galerie d'art. Je n'ai pas vu Annie, car j'ai pris l'avion à Détroit sans être venue à Jackson où elle vit avec Grant et leurs enfants ; et Isabelle (sa belle-mère) est partie en croisière en Alaska. Je ne saurai donc que plus tard ce qu'elle pense de mon tableau.
Pour mes Québécois, je n'avais plus qu'une toile, "La fin du jour sur la grève", et au moins deux personnes à qui l'offrir. Ce que je n'avais pas prévu, c'est l'accueil inoubliable et chaleureux des familles qui m'ont reçue et pour lesquelles je reprendrai mes pinceaux avec bonheur.
Elle n'est pas belle, la vie ?










