J'ai repris les pinceaux depuis quelque temps, mais je voulais "creuser mon sujet" avant de le soumettre à votre critique. Pour tout dire, j'avais envie de fixer sur la toile un souvenir que j'avais vécu. Incapable de reconstituer les images mouvantes restées dans ma mémoire, j'ai cherché dans Internet si des photos pourraient me servir de base de départ. J'ai ainsi appris qu'habituellement, les aurores visibles dans le Grand Nord sont le plus souvent jaunes et vertes, parfois bleues et violettes, mais ne sont rouges ou orange que très exceptionnellement. Et pourtant, les trois que j'ai vues étaient intensément rouges, avec des reflets roses et orange... Si elles sont visibles jusqu'en nos latitudes, c'est qu'elles sont aussi beaucoup plus fortes.

                J'ai vu trois aurores boréales* dans ma vie, les deux premières pendant mon enfance au Faouët  (pour l'une dans la nuit du 25/26 janvier 1938), la troisième à St Brevin en 1959.

                La première fois, je me revois montant vers la place avec ma meilleure amie. Le ciel était pourpre, comme si le crépuscule se prolongeait, mais pas du côté du soleil couchant. Revenues à la maison, nous n'avons parlé de rien à nos parents, et nul n'a semblé étonné de cette lumière incandescente, inhabituelle au Nord.

                Quelques mois plus tard au soir tombant, je revenais de la campagne en voiture avec mes parents, et le soleil avait disparu. Le ciel était rougeoyant avec des lueurs mouvantes, et nous avons cru à un incendie, sans que l'on puisse en situer le lieu. On aurait dit de gigantesques draperies agitées lentement, et dont les teintes d'aurore flamboyante se précisaient à mesure que tombait la nuit. Mon père a stoppé la voiture en haut d'une crête d'où nous dominions le paysage, mais les lumières venaient d'au-delà les collines, au loin, et leurs lueurs se balançaient. au-dessus de nous.

                Lorsque nous sommes arrivés au Faouët, la foule était massée sur la place des Halles. Un homme s'est penché à la portière de la voiture pour demander à mon père s'il savait quelle ferme était en train de brûler.

                Puis quelqu'un a dit : "C'est signe de guerre".

  Personne n'a prononcé le nom d'aurore boréale, et nous avons continué à contempler dans l'angoisse le spectacle fabuleux qui nous était offert, mais auquel nous ne comprenions rien.

                "Signe de guerre". Depuis des mois il n'était question que de cela. Les accords de Munich, Hitler, Chamberlain, Daladier, étaient au centre des conversations. Avant d'avoir notre poste de radio, nous allions avec quelques autres chez le radio-électricien voisin écouter les discours éructés par le Führer. Y avait-il traduction simultanée ? Je n'en ai aucun souvenir, mais a la fin, il y avait forcément un résumé des points-clés, et chacun y allait de son commentaire.

Je travaille sur ce "canevas" pour reconstituer ce j'ai vu en janvier 1938, mais je n'arrive pas à être satisfaite et remets sans cesse ma toile sur le chevalet. Une troisième est en cours sur la nuit d'été 1959 au bord de la mer, mais je ne cesse de les reprendre. C'est si difficile d'essayer d'avoir un peu de talent ! ! !

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Au cours de mes recherches, j'ai trouvé ce témoignage d'un prêtre   qui écrit ceci :            

               Dans la nuit du 7 au 8 d'octobre, il a paru un phénomène qui a consisté dans une grande lumière ressemblant à une belle aurore dans l'air, depuis le N.O. jusqu'au N.E. - Cela a commencé dès les 8 heures du soir jusque vers le jour en vieille lune, entre 11 heures et minuit, l'air paraissait comme un nuage tout en feu .....(mot incompréhensible), pourtant, point de nuage car les étoiles paraissaient partout au travers de ce feu très lumineux. Ce feu y atteint des rayons fort lumineux : il semblait en même temps que, de la terre, ils s'élevaient partout comme des flammes qui s'élevaient vers le ciel d'une vitesse extraordinaire. Je l'ai vu de mes yeux, accompagné de 5 personnes dont je rends un témoignage assuré. Ce 8 octobre 1730

* aurores boréales : jusqu’au milieu du XXe siècle, on ne savait pas que les aurores se produisent simultanément aux deux pôles et qu’on devrait donc les appeler « polaires ».