821064La deuxième photo de mon précédent article me montre en 1944 près de l'abri anti-aérien "qui ne servirait plus". Ainsi que tous les Français ayant un jardin, mon père avait dû se plier aux contraintes imposées par les circonstances (et les autorités) afin, qu'en cas de bombardement, nous puissions nous y serrer sans risquer de mourir sous les décombres de la maison.

Ainsi que nos voisins, il avait donc creusé un vaste trou d'à peu près 1,50 m de profondeur, sur lequel il avait monté une charpente qui soutenait des tôles ondulées qu'il avait ensuite recouvertes de la terre extraite qui formait ainsi une épaisse couche censée nous protéger. Un banc permettait d'attendre dans le noir (les bombardiers opéraient de nuit le plus souvent) et ma mère, terrifiée, se tenait dans le fond, alors qu'avec l'inconscience de mes 11/12 ans, je restais "le nez à la fenêtre" pour ne rien perdre du spectacle, sans que mes parents s'en aperçoivent... Car c'est beau, une ville qui brûle, et si le fracas des explosions me faisait reculer un peu, l'envie de voir me poussait à me tenir à l'entrée, au bas des quelques marches de bois.

Lors d'un voyage dans le Far West américain, une ferme-musée que j'ai visitée m'a fait retrouver la réplique de ces abris : en fait, les "farmers" du début du XXe siècle entreposaient leurs réserves au frais et à l'abri des bêtes en creusant ces cavités dont plus tard, nous prendrions le modèle pour en faire des refuges ...

La différence est que notre charpente était moins rustique que celle du Far West, et surtout, la couche de terre beaucoup plus importante !